description
Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moleculaire du génome
Genes Enveloppe et pore nucleaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Nécrose Théorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

Cytosquelette

 

Les cellules se déforment passivement ou activement (muscle), se déplacent (spermatozoïdes, macrophages), résistent à des contraintes de pression (cartilage, os) ou de tension (peau, tendon) ou émettent des expansions plus ou moins mobiles (pseudopodes, villosités, cils et flagelles). Ces propriétés mécaniques sont liées à des adaptations du cytosquelette, un système de microfibrilles protéiques, qui existe dans toutes les cellules.


Le cytosquelette est un réseau interne très dense formé de
- microfilaments d’actine d’un diamètre de 5 à 8 nm
- filaments intermédiaires , notamment les kératines, de 8-10 nm
- microtubules de tubuline: 24 nm
Les filaments et tubules résultent de la polymérisation dans le cytosol de monomères de forme globulaire (actine, tubuline) ou allongée (kératines). Le cytosquelette est en perpétuel remaniement avec des phases successives de polymérisation et de dépolymérisation contribuant à la déformabilité de la cellule.

        

   I. les microfilaments d’actine

       A. Définition : C’est une protéine abondante (de 2 à 5 % de la masse protéique cellulaire dans la plupart des cellules, 10 % dans les cellules musculaires), qui se répartit dans tout le cytosol en formant un réseau très dense. Elle est facilement marquée par de la phalloïdine couplée à de la fluorescéine. Elle est codée par 6 gènes chez l’homme, de séquence très conservée au travers des espèces.

      B. Les monomères d’actine globulaire (actine G) sont associés à l’ATP ou l’ADP et au Mg++ qui se logent au sein d’une crevasse centrale. Les polymères d’actine fibrillaire (actine F) forment une double hélice torsadée. La polymérisation d’actine G en actine F est influencée par l’ATP, par la concentration en Mg++ et par la force ionique du milieu. La cytochalasine est un poison qui empêche la polymérisation de l’actine; la phalloïdine empêche la dépolymérisation de l’actine. Le microfilament d’actine est polarisé et croît par une seule extrémité. L’hydrolyse de l’ATP en ADP favorise la dépolymérisation

      C. Les fibrilles d’actine s’arrangent parallèlement pour former des faisceaux ou se rejoignent par des contacts à angle large ou droit (réseau). Des protéines de pontage lient les structures d’actine :
         C.1. la fascine crée les faisceaux
         C.2. la filamine réticule les faisceaux
         C.3. la spectrine du réseau cortical lie l’actine à l’ankyrine et à la bande III de la membrane plasmique


         C.4. la villine et la fimbrine lient les faisceaux d’actine dans les microvillosités des bordures en brosse des épithéliums d’absorption (intestin, tubule rénal).
         C.5. la dystrophine, une protéine de la famille des spectrines, lie l’actine à un complexe glycoprotéique de la membrane plasmique du muscle, lui même lié à des protéines de la matrice extracellulaire (laminine, agrine). Son absence secondaire à une mutation du gène provoque la maladie de Duchenne (une myopathie progressive).
         C.6. la profiline favorise la polymérisation de l’actine en facilitant l’échange de l’ADP par de l’ATP. Le complexe profiline-actine est abondant dans le front de migration du fibroblaste en migration (ruffle)
         C.7. la gelsoline, au contraire, fragmente les filaments d’actine et favorise la transition gel --> sol, d’où une fluidification locale du cytosol permettant la déformation et la mobilité cellulaire.
         C.8. les myosines se déplacent le long des filaments d’actine en utilisant l’énergie fournie par l’hydrolyse de l’ATP (fonction ATPasique de la myosine favorisée par l’actine). Ce déplacement nécessite du calcium. La myosine I (une tête globulaire) est le moteur des mouvements du cytosol (pseudopodes, endocytose ou exocytose); la tête s’attache à l’actine; la queue à la membrane plasmique ou à celle des vésicules. La myosine II (2 têtes globulaires) est responsable de la contraction musculaire ( cf cours de physiologie ); les têtes réagissent avec l’actine; les queues forment les filaments épais des cellules musculaires striées.

      D. L’actine liée aux myosines (I, II) joue de multiples rôles

         D.1. L’actine constitue les fibres de stress des fibroblastes qui s’orientent selon les contraintes imposées à la cellule. Les faisceaux d’actine et de myosine (actomyosine) sont reliés aux points de contact focaux (ou plaques d’adhérence) qui les arriment à la membrane plasmique et par delà aux protéines de la membrane extracellulaire. Des protéines adaptatrices (a-actinine, vinculine...) assurent l’arrimage de l’actomyosine aux parties intracytoplasmiques des cadhérines et des intégrines. La polymérisation de l’actine et la formation des plaques d’adhérence sont régulées par des petites protéines G (Ras, Rac, Rho) , elles mêmes activées par des signaux de transduction impliquant la PKC (protein kinase C):

ex: les macrophages sont attirés par la N-formylméthionyl-leucyl-phénylalanine, un tripeptide d’origine bactérienne (chimiotactisme). Cette substance se lie à un récepteur membranaire, active une protéine G avec pour résultante des mouvements orientés de l’actomyosine et la formation de points de contact avec le support dans le sens du gradient chimique. Le gradient de calcium intracellulaire oriente aussi le sens de déplacement de la cellule.
         D.2. Un faisceau continu d’actine ceinture les cellules épithéliales polarisées au niveau des jonctions adhérentes. 
         D.3.L’actomyosine sous corticale renforce la rigidité de la membrane plasmique et modifie la répartition des protéines intramembranaires (impossibilité du patching provoqué par un anticorps si la myosine II est inhibée ou absente).
         D.4. Un anneau d’actine réagissant avec la myosine II provoque la cytodiérèse (ou cytocynèse) c’est à dire la séparation des cytoplasmes de deux cellules en fin de mitose.


   II. les filaments intermédiaires (FI)

Ils sont particulièrement abondants (x 10 fois l’actine) dans certaines cellules spécialisées (cellules épidermiques, axones). La disposition de leur réseau est proche de celle des microtubules et différente de l’actine .
Ils représentent des polymères protéiques plus stables que l’actine ou la tubuline; ils jouent surtout un rôle structurel (phanères) et ne participent pas à la motilité cellulaire.
Ils proviennent de la polymérisation de protomères associant une hélice centrale encadrée de domaines N et C-terminaux globulaires. Cette polymérisation ne requiert pas d’ATP. Les protomères s’associent en un dimère de deux hélices torsadées. Les dimères s’associent eux mêmes avec un décalage pour former des tétramères qui se mettent bout à bout en formant un protofilament. Enfin les protofilaments se rassemblent en un filament intermédiaire dont la section est composée de 32 protomères (structure en câble).

Les FI varient par leur structure primaire à la différence des isoformes très conservées de tubuline et d’actine; ce sont les extrémités N et C qui diffèrent alors que la structure hélicoïdale qui forme un bâtonnet de 40 nm est très conservée:
* les kératines: Il y en a une trentaine de types dont les cytokératines des épithélia de revêtement. Le typage de la cytokératine prédominante par des anticorps spécifiques permet de reconnaitre le tissu d'origine d'une métastase (ex la cytokeratine 20 est caractéristique d'une origine gastro-intestinale). Les kératines forment un réseau flexible mais résistant qui soutient la forme cellulaire et s’ancrent dans les desmosomes et hémi-desmosomes. Les faisceaux de kératine sont en continuité par l’intermédiaire des desmosomes ce qui permet la résistance aux forces de traction. La mutation d’une cytokératine est à l’origine d’une maladie génétique: l’épidermolyse bulleuse.
* la vimentine: elle est caractéristique des cellules issues du mésoderme (fibroblastes, cellules pseudo-épithéliales des séreuses). Les anatomopathologistes utilisents des anticorps antivimentine pour prouver qu'une tumeur est d'origine conjonctive (sarcome)
* la desmine: elle relie les filaments contractiles entre eux et à la membrane dans les cellules musculaires assurant la coordination et la transmission du mouvement.
* la GFAP (glial fibrillary acidic protein): ce sont les FI des cellules gliales.
* les neurofilaments: participent avec les microtubules à la constitution du squelette des prolongements neuronaux (axones et dendrites).
* les lamines (A, B, C): sont représentées dans toutes les cellules. Ce sont les FI qui compose la lamina, un réseau qui soutient l’enveloppe nucléaire. La lamine B est fixée à la bicouche phospholipidique par un résidu isoprényl. Au moment de la mitose, les lamines sont phosphorylées par le MPF (mitotic promoting factor - cf cours du Pr Teyssier ). Le réseau de lamines est destructuré; les lamines sont dépolymérisées et l’enveloppe nucléaire est fragmentée en vésicules . Le réseau de lamine se reconstitue en fin de mitose.

La spécificité tissulaire des FI (sauf les lamines) est utilisée en anatomie pathologique pour déterminer l’histogenèse des tumeurs.
 


   III. les microtubules


Un microtubule est un ensemble de protomères de tubuline alpha et beta arrangés en un tube creux de 24 nm de diamètre et long d’une fraction de µm à quelques µm. La structure tubulaire assure une grande rigidité. La section du tubule comporte de 10 (tubules en paire ou en triplet) à 13 (tubule isolé) monomères. La structure tubulaire peut être stable (cils) ou transitoire (cytoplasme, fuseau mitotique).

Dans la cellule interphasique, les microtubules convergent au niveau du centre organisateur ou centrosome, situé prés du noyau et de l’appareil de Golgi. Dans les cellules animales, le centre organisateur comprend deux centrioles perpendiculaires. Chaque centriole est constitué de 9 triplets de microtubules. Les tubules centriolaires restent toujours polymérisés même en présence de colchicine et au cours de la mitose. Les microtubules sont polarisés, avec une croissance qui s’effectue en s’éloignant du centrosome.
Dans les hétérodimères alpha-beta, il y a deux sites de liaison aux nucléotides: le site alpha fixe du GTP qui n’est pas échangeable; au niveau de l’unité beta, le site peut fixer du GTP ou du GDP. Le GTP favorise la polymérisation des dimères alpha-beta. L’hydrolyse du GTP en GDP favorise la dépolymérisation. Polymérisation et dépolymérisation sont en équilibre instable avec des phases de croissance ou de résorption des microtubules selon la prédominance de l’une ou l’autre.
Des protéines sont associées aux microtubules (MAP: microtubule associated protein). Certaines MAP stabilisent le réseau microtubulaire et relient les microtubules entre eux (MAP 2 des corps neuronaux et des dendrites, protéine tau des axones). D’autres MAP (kinésines, dynéines) assurent les mouvements des organites et des vésicules le long des microtubules; ces MAP ont une activité ATPasique, elles se fixent par une extrémité au microtubule et par l’autre à l’élément à transporter. Les kinésines assurent un mouvement vers l’extrémité +, les dynéines vers l’extrémité -.
Le réseau microtubulaire est indispensable au rassemblement des vésicules membranaires du réticulum et du Golgi qui perdent leur forme et leur fonctions en présence de nocodazole, un poison des microtubules.


      A. fuseau mitotique
Les centrioles se dupliquent avant le début de la phase S du cycle cellulaire. Pendant la prophase chaque centrosome se place à un pôle de la cellule pour servir d’origine de nucléation au fuseau mitotique. Certains microtubules (kinétochoriens) s’arriment au centromère des chromosomes par le kinétochore, d’autres (polaires) forment le cadre où se meuvent les chromosomes, d’autres (astraux) insèrent le centrosome dans le cytosol des deux nouvelles cellules. C’est le fuseau mitotique qui capture les chromosomes, les arrange sur la plaque équatoriale métaphasique et les sépare ensuite en deux jeux égaux. Les mouvements du chromosome résultent de moteurs protéiques (plusieurs KRP: kinesine related protein) et sur la dynamique des tubules (polymérisation et dépolarisation). Des KRP siègent au niveau des kinétochores; d’autres assurent le glissement des tubules l’un par rapport à l’autre. La dynéine insère les microtubules astraux à la membrane plasmique et contribue ainsi au rapatriement des chromosomes.
La colchicine (antigoutteux) et la vinblastine (anticancéreux) se lient à la tubuline libre et empêche sa polymérisation. Au contraire, le taxol (anticancéreux extrait de l’if) empêche la dépolymerisation du réseau microtubulaire. En perturbant la déstructuration du réseau microtubulaire interphasique et en gênant la formation du fuseau mitotique, ces agents bloquent la mitose en métaphase.

      B. flux axonal
L’axone d’un neurone périphérique peut mesurer près d’un mètre (nerf sciatique). Le corps neuronal où sont confinés les ribosomes, le réticulum et le Golgi synthétise des matériaux (protéines, membranes) qui doivent être acheminés vers les terminaisons nerveuses par un transport ou flux axonal. Le transport se fait sous forme de vésicules membranaires rapides (250 mm/jour) ou d’organites entiers (mitochondries). Ces déplacements sont guidés par les microtubules et se produisent dans les sens centrifuge et centripète; c’est la kinésine qui est le moteur moléculaire du flux; cette protéine se fixe par ses deux têtes globulaires à la tubuline et par sa queue à la vésicule transportée; la liaison réversible de la kinésine et de la tubuline nécessite l’hydrolyse de l’ATP. Dans l’extrémité terminale, c’est la réaction myosine-actine qui prend le relais pour le transport vésiculairre.
La perturbation de la polymérisation de tubuline par des poisons du fuseau (vinblastine, taxol ...) compromet la viabilité de l’axone et provoque une neuropathie périphérique.

      C. cils et flagelles


Ces structures sont responsables d’un mouvement visible en microscopie optique déplaçant la cellule par rapport au milieu (flagelle des spermatozoïdes) ou le milieu par rapport à la cellule (cils de la muqueuse trachéo-bronchique ou de la trompe de Fallope).
Le mouvement des flagelles est lié à une ondulation quasi sinusoïdale. Celui des cils est orienté par l’alternance d’un battement de poussée et d’un battement de récupération.
Cils et flagelles comportent un faisceau central de microtubules, l’axonème. L’axonème est constitué de 9 doublets externes (un tubule complet de 13 tubulines + un tubule incomplet de 9) entourant une paire centrale de tubules complets. Chaque doublet est relié à son voisin par un bras de nexine (protéine d’amarrage) et par deux bras de dynéine ciliaire (protéine motrice) qui assure le glissement des microtubules les uns par rapport aux autres. Ce glissement exige de l’ATP. Des protéines radiaires relient les microtubules périphériques à la paire centrale, elle même rigidifiée par des protéines de liaison. La paire centrale assure la solidité de la structure et l’orientation du mouvement.
Cils et flagelles sont insérés dans le cellule au niveau des corpuscules basaux dont la structure est faite de 9 triplets sans axe central. Deux des microtubules du triplet se prolongent dans les doublets du cil ou du flagelle. Les corpuscules basaux se formeraient à partir des centrioles dont la structure est très semblable et s’insèrent dans le cytosquelette sous-cortical; cils et flagelles naissent ou régénèrent à partir des corpuscules basaux.