description
Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moléculaire du genome
Genes Enveloppe et pore nucleaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Nécrose Theorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

Lysosomes

 

   I. Mise en évidence (De Duve - 1949 )


L’ activité enzymatique de type phosphatase acide est plus élevée dans un broyat d’hépatocytes si le fractionnement est effectué avec de l’eau distillée que s’il est pratiqué avec précaution dans un tampon isoosmotique. L ’activité enzymatique est contenue dans des vésicules qui restent intactes si le broyage est ménagé. L’activité enzymatique est localisée dans des vésicules bien mises en évidence en microscopie électronique .


   II. Morphologie et contenu


La taille et la forme des lysosomes est variable ( environ 0.2-0,5 µ). Le contenu est homogène et dense aux électrons . Les phosphatases acides lysosomales précipitent le phosphate de plomb ; ceci permet un repérage précis des lysosomes dans la cellule en ME .Les lysosomes sont limités par une membrane simple de type bicouche lipidique .
On distinguait classiquement
- des lysosomes primaires ou néoformés, plus petits et peu perméables, situés dans le TGN.
- des lysosomes secondaires, générés par la fusion des lysosomes primaires et de vacuoles d’endocytose provenant de la membrane plasmique ; ces lysosomes sont plus gros et plus perméables car leur membrane doit laisser sortir le contenu dégradé par les enzymes ..
Les lysosomes sont présents dans toutes les cellules sauf les hématies mais en abondance variable. Les lysosomes se déplacent en permanence dans la cellule grâce à leur liaison avec le cytosquelette.
Le contenu du lysosome est acide ( pH de 4 à 5) alors que le pH cytosolique est de 7,2. Ce pH acide est entretenu par une Na/H ATPase qui fait rentrer le proton dans la vésicule lysosomale en échange d’un Na, au prix d’une dépense énergétique sous forme de consommation d’ATP.
La membrane du lysosome contient aussi des transporteurs protéiques membranaires qui importent les protéines devant être dégradées ou exportent les produits de dégradation enzymatique pour qu’ils soient réutilisés par la cellule
Les protéines situées à l’intérieur de la vésicule lysosomale (essentiellement des enzymes hydrolytiques ou hydrolases qui agissent en ajoutant une molécule d’eau à une molécule organique ) sont porteuses de nombreux résidus glucidiques (glycoprotéines) qui augmentent leur résistance à l’action du pH bas et à celle des autres hydrolases: A-B + H20 ---> AH + BOH
On dénombre plus de 40 hydrolases acides (capables de résister et de fonctionner au pH acide du lysosome). Ces hydrolases sont inactivées à pH 7; ceci limite les conséquences néfastes d’une éventuelle fuite dans le cytosol. Les hydrolases dégradent les composants cellulaires glucidiques, lipidiques, protéiques ou les acides nucléiques:
- phosphatases acides: coupe une liaison ester phosphorique et entraîne une déphosphorylation
- sulfatase
- nucléases: RNase, DNase
- polysaccharidases: élaguent des résidus polysaccharidiques (mannosidases , glucosidases , galactosidases ....)
- lipases, phospholipases, éstérases qui ont pour substrat les acides gras éstérifiés
- protéases: collagénase, cathepsines B et D ....
- lysozyme : cette enzyme lysosomale dégrade les muccopolysaccharides des parois bactériennes ; il est sécrété dans la salive et dans les larmes et agit comme un antibiotique naturel .
- hyaluronidase: cette enzyme est sécrétée par le macrophage dans la substance fondamentale du tissu conjonctif; il dépolymérise l’acide hyaluronique de la substance intercellulaire et facilite la migration des cellules inflammatoires.


   III. Formation des lysosomes


Les lysosomes bourgeonnent sous forme de vésicules de la face trans de l’appareil de Golgi ; la clathrine facilite la vésiculation . Les lysosomes sont la conséquence de la fusion de plusieurs vésicules golgiennes; en permanence , le lysosome reçoit un apport de matériel membranaire et enzymatique d’origine golgienne. La paroi du lysosome contient des récepteurs d’arrimage pour les vésicules golgiennes.
L’orientation des glycoprotéines vers leur destination lysosomale se fait grâce à un signal chimique constitué par le mannose-6-phosphate. Le récepteur au mannose-6-P a été isolé et purifié ; il lie les polysaccharides spécifiques à pH 7 et les libère à pH 5 ; le récepteur est recyclé vers le Golgi par des vésicules à clathrine.

   IV.
Rôle des lysosomes


   A.
rôle de nettoyage cellulaire : autophagie . Les organites subcellulaires sont en permanent renouvellement : la durée de vie d’une mitochondrie dans le foie est de 10 jours environ ; au delà elle est enveloppée dans une membrane provenant probablement du réticulum (autophagosome) ; le phagosome fusionne ensuite avec les lysosomes pour donner un autophagolysosome; des fantômes de mitochondries sont visibles dans les lysosomes en ME .Quand un rat est traité par du phénobarbital , le réticulum lisse des cellules hépatiques s’hypertrophie ; dés que la stimulation cesse , le réticulum en excès est dégradé par les lysosomes.Les lysosomes assurent un remodelage cellulaire permanent . Quand le têtard subit sa transformation en grenouille suite à la sécrétion des hormones thyroïdiennes, les cellules de la queue sont détruites suite à un message programmé dans le code génétique grâce aux lysosomes qu’elle contiennnent: phénomène d’apoptose. Ce phénoméne débute par l’activation d’endonucléases qui tronçonnent l’ADN (formation d’échelles - ladder- sur l’électrophorése), la chromatine se condense, les noyaux deviennent pycnotiques et se fragmentent. La membrane plasmique est détruite en dernier et le fantôme cellulaire est digéré par les cellules voisines. Le phénomène d’apoptose (différent de la nécrose) est très ubiquitaire (mort des cellules privées de nourriture, mort induite par les agents anticancéreux ou la radiothérapie, privation hormonale du tissu prostatique...


      B.
cellules spécialisées dans la phagocytose : Les lysosomes sont très abondants dans les macrophages et polynucléaires. Si on stimule des macrophages par des endotoxines (composant des parois bactériennes ) ou du BCG , le nombre des lysosomes augmente .Les bactéries sont ingérées dans des phagososomes qui fusionnent avec les lysosomes. Les lysosomes des macrophages dégradent en partie les antigénes ingérés; certaines parties des antigènes seront recyclées vers la membrane plasmique où elles seront en contact avec les lymphocytes ----> rôle majeur dans l’établissement de la mémoire immunitaire (cellules présentatrices de l'antigène: CPA).


      C.
nourriture de la cellule : endocytose et pinocytose les lysosomes assurent la digestion cellulaire des substrats captés par endocytose et libérent les molécules élémentaires dans le cytosol pour les synthèses ultérieures. Les substances à ingérer sont captés par des récepteurs membranaires au niveau des puits recouverts (coated pits); les vésicules sont internalisées et fusionnent avec les lysosomes ; sous l’influence du pH lysosomal acide, les récepteurs se séparent du ligand qui subit l’action des hydrolases ; les récepteurs sont recyclés vers la membrane sous forme de vésicules (ex: capture des lipoprotéines plasmatique , endocytose et dégradation lysosomale qui assure la fourniture de la cellule en cholestérol).


      D.
tri des substances qui transitent dans la cellule
: Les hormones thyroïdiennes (T3 et T4 ) sont accumulées dans les vésicules thyroïdiennes liées à une énorme protéine, la thyroglobuline. Lors de la stimulation de la thyroïde par la TSH hypophysaire, la thyroglobuline et les hormones sont endocytées à nouveau dans la cellule puis dégradées par les lysosomes qui permettent la libération des hormones à l’autre pôle de la cellule .Les immunoglobulines traversent facilement la cellule intestinale de la muqueuse du nouveau-né sans être dégradées. Par contre, d’autres molécules protéiques (ex : peroxydase de raifort ) sont dégradées par les lysosomes dés qu’elles pénètrent dans la cellules. Les mécanismes exacts qui conduisent une protéine à sa destruction ou à son transit sans modification ne sont pas encore bien connus ( rôle des ubiquitines et heat shock protéin ). La non dégradation de certaines protéines par le tube digestif et leur passage dans l’organisme serait à l’origine de certaines allergies digestives (maladie coeliaque par intolérance au gluten, allergie aux protéines du lait de vache...)


      E.
rôle des lysosomes dans l’infection virale : Les virus se lient à la membrane plasmique sur un récepteur et sont internalisés ; les vésicules membranaires contenant les virus se lient aux lysosomes qui pèlent le virus de ses enveloppes et libèrent l’acide nucléique viral dans la cellule.


      F.
rôle des lysosomes dans le remodelage osseux : les ostéoclastes sont des cellules spécialisées dans la destruction osseuse qui dérivent des macrophages; ces cellules excrètent le contenu de leurs lysosomes dans l’espace qui les sépare de l’os. Une action excessive des ostéoclastes provoque une surdestruction osseuse avec risque de fractures et d’hypercalcémie (hyperparathyroidie, myélome, métastases osseuses des cancers). Les biphosphonates inhibent efficacement l’activité ostéoclastique.


      G.
La fonction des lysosomes peut être perturbée par des bases faibles qui s’accumulent dans la lumière lysosomale (chloroquine); ces bases élèvent le pH et perturbent l’action des hydrolases ou le largage des enzymes apportées par les vésicules à récepteurs mannose-6-P. Quand une substance ne peut être dégradée par les lysosomes, elle s’accumule sous la forme de grains denses de pigments (lipofucsine) ou de phospholipides (figures myéliniques). Ces grains peuvent être éliminer par exocytose (défécation cellulaire) ou persiter jusqu’à la mort cellulaire (abondance des lipofucsines dans les cellules sénescentes)


   V. Pathologie de la fonction lysosomale

      A.
déficit du transfert des hydrolases du Golgi vers les lysosomes : les hydrolases sont acheminées vers le lysosome grâce à un message chimique constitué par le mannose-6-P. En fait le résidu mannose-6-P n’est pas greffé de façon directe dans le Golgi sur le polysaccharide des glycoprotéines; il y a d’abord greffe d’un glucide activé ( UDP-N-acétylglucosamine) sur un mannose grâce à une N-acetylglucosamine phosphotransférase ; le résidu N-acetylglucosamine est élagué par une phosphoglucosidase ce qui aboutit à la création du mannose-6-P. Si un individu est déficient en N-acetylglucosamine phosphotransférase , la formation du mannose-6-P ne peut se réaliser ; le transfert des hydrolases vers les lysosomes ne s’effectue pas; du matériel non dégradé par les lysosomes s’accumule dans la cellule : maladie des inclusions intracellulaires ; c’est une maladie récessive rare qui ne s’exprime que chez les homozygotes.

       B.
déficit enzymatique en hydrolases lysosomales. Ces maladies sont appelées maladies de surcharge ou thésaurismoses:


         B.1. maladie de Tay - Sachs : déficit génétique en ß-hexosaminidase qui dégrade le ganglioside GM2 ; ce ganglioside est normalement produit dans la membrane plasmique des cellules nerveuses et dégradé par les lysosomes: le Ceramide-glucose-galactose-N-acetyl-Neuraminique(NANA) est dégradé normalement par une ß-hexosaminidase. La maladie lysosomale provoque une accumulation de ganglioside GM2 conduisant à la débilité et à la mort vers l’âge de 5 ans.

         B.2. maladie de Hurler : déficit en alpha-iduronidase (enzyme qui dégrade un composant muccopolysaccharidique ou glycosaminoglycane de la substance fondamentale du tissu conjonctif); le polysaccharide non dégradé s’accumule dans les lysosomes du tissu conjonctif (fibroblastes) et provoque des malformations osseuses, un retard de croissance et une débilité.

         B.3. il existe de nombreuses autres maladies liées à un déficit en hydrolase lysosomale : déficit en glycosidase ( glycogénose cardiomusculaire de Pompe ) , déficit en phospholipase ( maladie de Nieman-Pick ) , déficit en cérébrosidase ( maladie de Gaucher ).

         B.4. Dans la maladie de Chediak-Higashi, le contenu enzymatique est normal mais il y a une modification de la membrane lysosomale; les lysosomes fusionnent entre eux pour former des lysosomes géants et irréguliers peu fonctionnels qui provoquent un déficit immunitaire sévère et la mort .

      C.
Certaines substances ne peuvent pas être dégradées par les lysosomes même chez les sujets normaux

          C.1. silice : silicose des mineurs ; la silice détruit la membrane des lysosomes et permet la fuite des enzymes qui provoque une réaction destructrice et inflammatoire des poumons.

          C.2. acide urique: ici aussi réaction inflammatoire due à la lyse des lysosomes par les cristaux d’acide urique --> crise de goutte.

         C.3. médicaments : amiodarone (accumulation pulmonaire)...

         C.4. bacille de Koch du fait de sa résistance à l’acidité lysosomale.

      D.
La membrane lysosomale est détruite par de nombreux facteurs : anoxie (syndrome d’écrasement des membres, infarctus ), chaleur, médicaments, toxines bactériennes: les streptocoques entraînent la lyse de la paroi lysosomale. Les corticoïdes agissent en partie en stabilisant la membrane lysosomale.