description
Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moleculaire du genome
Genes Enveloppe et pore nucleaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Nécrose Theorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

L'apoptose / nécrose

 

 

   I. Introduction - généralités

L'apoptose représente une forme de mort cellulaire qui dépend de l'activation d'une machinerie interne à la cellule et requiert l'activation de gènes et une synthèse protéique de novo dans la plupart des cas. Elle s'oppose à la mort par nécrose résultant d'une destruction des cellules par des facteurs exogènes physiques, chimiques ou biologiques, qui provoquent la lyse des cellules et la dispersion de leurs constituants dans l'environnement extracellulaire. Ce «suicide cellulaire» est sous-tendu par un programme génétique activé par défaut dans les cellules privées des signaux de survie appropriés émis par son environnement.
L'apoptose est un mécanisme universel des êtres vivants, uni ou pluricellulaires. Chez les métazoaires, l'apoptose représente le mécanisme fondamental, qui de façon permanente contrôle l'homéostasie, l'intégrité et les fonctions des cellules. Au cours du développement de l'embryon la morphogénèse des organes dépend de l'élimination massive de certaines ébauches selon un mécanisme apoptotique. C'est le cas par exemple de l'évidement des tractus à partir de cordons pleins, de la formation des espaces interdigitaux ou de la régression des ébauches urogénitales au cours de la différentiation sexuelle. Dans le système nerveux central les neurones générés en excès qui ne peuvent établir de connexions fonctionnelles et ne reçoive pas de signaux de survie de leurs homologues sont éliminés par apoptose.

L'apoptose participe également au renouvellement des tissus en croissance, à l'évolution cyclique des tissus soumis à des variations hormonales (épithélium mammaire, muqueuse utérine), et à l'élimination les cellules sénescentes, surnuméraires ou anormales (infectées par un virus, altérées par des lésions du génome ou des dysfonctionnements métaboliques). Elle constitue également un mécanisme fondamental du fonctionnement du système immunitaire qui élimine les clones de lymphocytes auto-réactifs.

Depuis ces dix dernières années une dérégulation de l'apoptose a été impliquée dans de nombreux processus pathologiques, soit par activation excessive comme dans les maladies neurodégénératives (maladie d'Alzheimer), les lésions ischémiques neurologiques - ou cardiaques et les atteintes virales (hépatite et sida), soit par défaut d'intervention conduisant au développement de tumeurs malignes.

   II. Aspects cellulaires de l'apoptose : apoptose vs nécrose

Caractéristique Nécrose Apoptose

Conditions de survenue

brutale programmée
Mode passif actif (ATP dépendante)
Vitesse de déroulement rapide lente
Cicatrisation groupe de cellules cellules isolées
Incidence Pahologique : ischémie sévère, hyperthermie sévère Physiologique : morphogenèse, homéostasie du tiss, involtion, métamorphose

Pathologique : cancer, radiations ionisantes, hyperthermie moyenne, immunité cellulaire

Morphologie rupture de la membrane cellulaire et désintégration des organites intracellulaires, inflammation due au relargage du contenu intracellulaire, phagocytose des débris cellulaires par les monocytes margination de la chromatine et condensation du cytoplasme, fragmentation en corps apoptotiques sans relargage du contenu intracellulaire, phagocytose des corps apoptotiques par les cellules voisines
Lyse de la membrane plasmique première étape dernière étape
Hydrolyse de l'ADN dernière étape première étape
Volume cellulaire augmentée diminuée
Densité cellulaire diminuée augmentée
Concentration calcique diminuée augmentée
Organites intracellulaires lysés "intacts"
Cible groupe de cellules cellules isolées

L'apoptose, processus actif génétiquement régulé, se distingue classiquement de la nécrose qui résulte d'une destruction pathologique passive des cellules. Il faut souligner cependant que ces deux formes de mort cellulaire ne sont pas exclusives. Le déroulement de l'apoptose en réponse à des conditions subléthales nécessitant un métabolisme énergétique préservé, l'épuisement des réserves en A TP en cas d'aggravation des lésions peut précipiter la mort nécrotique des cellules. C'est le cas des l'infarctus du myocarde ou des accidents vasculaires cérébraux: l'ischémie provoque une nécrose de la zone centrale des tissus atteints; cette zone est entourée d'une couronne de tissu dit « à risque» qui peut selon l'évolution des troubles vasculaires (et le traitement) évoluer vers la restauration, l' apoptose ou la nécrose.

La nécrose se caractérise essentiellement par la destruction massive et rapide des populations cellulaires par lyse osmotique: une entrée massive d'eau secondaire à l'arrêt de l'activité des pompes membranaires provoquent un gonflement des cellules suivie d'une rupture des membranes,. de la destruction des organites et de la libération du contenu cellulaire (en particulier des enzymes lytiques) dans l'espace extracellulaire. Cette lyse déclenche une réponse inflammatoire qui accentue les lésions tissulaires. Le parenchyme détruit est secondairement remplacé par un tissu cicatriciel inerte.

L'apoptose au contraire élimine sélectivement les cellules, provoque une condensation de la cellule et préserve l'intégrité des organites et des macromolécules jusqu'à un stade avancé. L'ensemble du processus apoptotique se déroule sur plusieurs heures et n'induit pas de réponse inflammatoire.

   III. Mécanismes moléculaires de l'apoptose

De nombreux composants de la a machinerie apoptotique sont produits de façon constitutive par la plupart des cellules sous formes inactives, et leur activation dépend de l'équilibre entre les facteurs activateurset les facteurs inhibiteurs.


Le déroulement de l'apoptose s'effectue schématiquement en 2 phases :


Ces deux phases sont contrôlées par des protéines codées par de nombreux gènes de régulation aux effets pro ou antiapoptotiques. Enfm il faut souligner l'importance stratégique des mitochondries qui sont les organites clefs de l'apoptose, au carrefour des voies d'exécution et de régulation.


      A.
La phase de déclenchement ou d'engagement


La machinerie apoptotique peut être activée par deux voies différentes mais interconnectées: la voie extrinsèque qui dépend de l'activation de récepteurs membranaires par des ligands spécifiques, et la voie intrinsèque ou mitochondriale

         A.1. La voie des récepteurs de mort cellulaire
Cette voie est particulièrement importante dans les phénomènes apoptotiques physiologiques, en particulier dans la destruction des lymphocytes auto-réactifs, l'élimination des cellules infectées par un virus ou des cellules tumorales par les cellules immunitaires cytotoxiques. Elle implique des protéines transmembranaires positionnées à la surface de la cellule: ce sont les récepteurs de mort cellulaire. Ces récepteurs sont capables d'induire la cascade apoptotique lorsqu'ils fixent les ligands appropriés par l'intermédiaire de protéines adaptatrices qui recrutent et activent des caspases.
Les récepteurs de mort cellulaire appartiennent à la superfamille du TNFR (Tumor Necrosis Factor Receptor). Sept membres de cette
famille ont été identifiés dont le mieux connu est le récepteur FAS (ou CDC95) qui fixe le ligand FAS-L. Ces récepteurs sont des protéines transmembranaires de quelques centaines d'acides aminés qui après fixation de leurs ligands par leur extrémité extracellulaire N-terminale sont activés sous forme de trimères. L'extrémité intracellulaire C-terminale comporte une séquence de 80 acides aminées hautement conservée formant un «domaine de mort» (Death Domain ou DD).
Dans le cas de FAS les trois DD associés du trimère FAS activé vont recruter une protéine cytoplasmique appelée FADD (Fas Associating protein with Death Domain) comportant deux domaines: un domaine DD qui forme un dimère avec le domaine DD de F AS, et un domaine DED (Death Effector Domain) qui fixe et active la procaspase 8 (forme zymogène inactive de la caspase 8).
La caspase 8 dite « initiatrice » va déclencher l'activation en cascade de nombreuses autres caspases d'aval, dont les caspases 3, 6 et 7 dites « effectrices ». C'est en définitive la caspase 3 qui est principalement responsable du clivage protéolytique des substrats provoquant la mort de la cellule.
Il faut remarquer que FAS peut dans certaines conditions de« stress» être activé par un mécanisme intracellulaire indépendant de la fixation du FAS-L.

         A.2. La voie mitochondriale
C'est la voie intrinsèque activée en réponse à un « stress» cellulaire produit par les radiations ionisantes, l'hypoxie, l'hyperthermie, les substances toxiques, les radicaux libres, les lésions du génome ou la suppression des signaux de survie (hormones, facteurs de croissance, cytokines ).
L'apoptose est déclenchée directement par la libération de molécules proapoptotiques normalement séquestrées dans l'espace intermembranaire des mitochondries, dont la plus importante est le cytochrome c.
Une fois libéré dans le cytosolle cytochrome c s'associe à une protéine adaptatrice appelée Apaf-1 (Apoptotic Protease Activating Factor 1) pour former l'apoptosome qui active la caspase 9, celle-ci activant la caspase 3.
La libération du cytochrome c s'accompagne d'une chute caractéristique du potentiel transmembranaire des mitochondries, attestant de la perméabilisation de la membrane mitochondriale. Ce phénomène est considéré comme marquant une étape irréversible de l'a poptose (<< point de non retour»).
Les mécanismes de perméabilisation de la membrane externe restent hypothétiques. Elle pourrait résulter de l'ouverture du « mégapore » mitochnondrial ou de la formation de nova d'un canal par des oligomères des protéines proapoptotiques de la famille Bax (voir plus loin).
Outre le cytochrome c la mitochondrie libère plusieurs autres facteurs. L'AIF (Apoptosis Inducing Factor) qui migre dans le noyau et active la fragmentation de la chromatine par une endonucléase, un répresseur d'inhibiteur des caspases appelé SMAC (Second Mitochondria-derived Activator of Caspases), des procaspases et des radicaux libres oxygénés (RLO).
 

      B. La phase d'exécution : les caspases

         B.1. Caractéristiques et modes d'activation des caspases

Les caspases (Cystein-ASpartate-specific-ProteASE) représentent une famille de protéases comprenant actuellement 14 membres, qui tirent leur nom de leur mécanisme d'action. Leur site catalytique contient une séquence conservée de 5 acides aminés centrés sur une cystéine, et elles clivent leurs substrats après un résidu aspartate de la région C-terminale. La spécificité des substrats des différentes caspases dépend la conformation du site catalytique. Comme la plupart des protéases, les caspases sont synthétisées sous forme de zymogènes inactifs ou procaspases. Ces procaspases sont composées de 3 domaines: un pro domaine aminoterminal et deux domaines baptisés p20 ou «grande sous-unité» (qui contient le site actif portant le résidu cystéine) et plO ("petite sous-unité"). Les séquences pI0 et p20 sont très conservées, mais celles des prodomaines diffèrent selon les caspases, les caspases «initiatrices» incluant dans ce pro domaine les séquences adaptatrices citées plus haut.
L'activation de l'enzyme résulte du. clivage de la procaspase aux
jonctions prodomaine-p20 et p20-pI0, suivie de la formation d'un tétramère associant deux domaines pI0 à deux domaines p20 (deux sites catalytiques). Les deux sites de clivages comportent une séquence de reconnaissance incluant une cystéine.
Les caspases peuvent être activées par différents mécanismes selon leur place dans la cascade apoptotique.

         B.2. Rôles des caspases dans l'apoptose
 

Les caspases clivent sélectivement et simultanément un grand nombre de substrats (plusieurs dizaines identifiées actuellement dont les caspases elles mêmes) provoquant en général leur dégradation ou dans certains cas leur activation.

   IV. Facteurs de régulation de l'apoptose

L'identificaion des gènes régulant l'apoptose a bénéficié de l'étude de l'apoptose contrôlant les populations cellulaires au cours du développement du vers nématode Caenorhabditis elegans.L'analyse de mutants de l'apoptose a permis d'identifier des gènes appelés CED (pour "CEll Death) qui exercent une action pro ou antiapoptotique, et dont les homologues ont été caractérisés chez les mammifères. De plus chez l'homme plusieurs de ces gènes ont été découverts à la suite de l'étude moléculaire de cellules leucémiques dans lesquelles ils étaient anormalement exprimés.
Les facteurs de régulations peuvent être distingués selon qu'ils agissent au niveau des mitochondries ou du cytoplasme (sur les caspases).

Au niveau des mitochondries interviennent les gènes d'importance cruciale de la famille BCL2

Le gène BCL2 (B Celllymphoma 2) est l'inhibiteUI majeUI de l'apoptose. Il a été identifié chez l'homme à la suite du clonage du point de cassure d'une translocation chromosomique l'impliquant dans des cellules d'un lymphome B. Ont été ensuite clonés successivement une vingtaine d'autres gènes dont les séquences sont plus ou moins homologues à celle de BCL2. Les produits de ces gènes sont des peptides d'environ 200 acides aminés qui possèdent en commun de 1 à 4 domaines fonctionnels de quelques dizaines d'acides aminés dénommés BHl-4 (Bc12 Homology) qui leUIs permettent de former des homo- ou des hétérodimères, ainsi pOUI certains qu'une séquence d'insertion membranaire à leUI extrémité N-terminale.
Ces gènes peuvent être classés en deux groupes principaux dont les produits exercent une action:


"antiapoptotique" : dont Bc12, et Bcl-X (Bc12-relat~d-X) qui possèdent les quatre domaines BHl-4

"proapoptotiques" : dont Bax (Bcl2-associated- X) et Bak (Bcl2antagonist-killer) qui possèdent en commun le domaine BH3, ainsi que plusieUIs autres peptides ne possédant que le domaine BH3 appelés« BH3 ONLY ».

Les molécules Bc12 et Bcl-X agissent essentiellement sous formes d' oligomères au niveau des membranes mitochondriales en bloquant l'action des molécules proapoptotiques de type Bax/Bak: bcl2 est ancrée dans la membrane mitochondriale externe et bcl-X y est transloqué à partir du cytoplasme lors de la réponse antiapoptotique. Bcl2 pourrait également inactiver plusieurs caspases initiatrices. De plus la séquence N-terminale permet à ces molécules de s'insérer dans les membranes du noyau et du réticulum. Bc12 est un inhibiteur crucial de l'apoptose dont l'action est requise pour assurer l'homéostasie cellulaire de tous les tissus. il bloque principalement la voie intrinsèque normalement activée en réponse à des «stress» tels les radicaux libres ou les conflits entre programmes de prolifération et de différentiation (résultant par exemple de l'activation anormales des oncogènes comme c-myc dans les cellules malignes). Par ailleurs, plusieurs travaux ont mis en évidence un rôle anti-oxydant de la protéine Bcl2 : les cellules surexprimant le gène BCL2 sont plus résistantes à l'apoptose induite par un stress oxydatif et les souris transgéniques BCL2 -/- présentent, au cours de la période post-natale, outre une apoptose massive des cellules lymphoïdes, des troubles métaboliques directement en rapport avec un stress oxydatif. La protéine Bcl2 pourrait exercer cette fonction antioxydante en s'opposant à la production de RLO au niveau mitochondrial. Cette fonction' antioxydante de Bcl2 renforce l'hypothèse de l'implication des radicaux libres de l'oxygène dans l'apoptose. Sa surexpression accélère la cancérogénèse, et il est considéré comme un oncogène.

Les protéines pro et anti apototiques pouvant s'associer pour former des homo ou des hétérodimères, le devenir de la cellule dépend en définitive de leur niveau relatif: par exemple un excès de Bax par rapport au niveau de Bcl2 déterminera un environnement cellulaire favorable à l'exécution de l'apoptose, alors qu'un excès de Bcl2 aura l'effet inverse.