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Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moleculaire du genome
Genes Enveloppe et pore nucleaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Necrose Theorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

Le cycle cellulaire

 

 

                                        

 Les phases du cycle de la cellule

 

   I. Introduction

Tous les organismes sont constitués de cellules qui se multiplient par division cellulaire. Un adulte humain a' environ 100.000 milliard de cellules organisées en 200 tissus différents, toutes originaires d'une même cellule, la cellule œuf fertilisée. Chez un adulte, on trouve une quantité énorme de cellules en division continue (environ 25 millions par seconde) remplaçant celles qui disparaissent. L'entrée en cycle d'une cellule aboutissant à sa division dépend de l'interaction de signaux inducteurs et inhibiteurs nombreux et complexes émis par son microenvironnement (interactions intercellulaires, facteurs de croissance) ou par des organes distants (hormones véhiculés via le courant sanguin). A chaque instant une cellule intègre ces signaux et, en fonction de son été fonctionnel et de sa différentiation entre en cycle, demeure quiescente voire même est détruite par apoptose.

   II. Les phase du cycle cellulaire

Le cycle cellulaire consiste en 4 phases appelées G1, S, G2 et M. Les phases M et S ont été identifiées dés les années 1800 (M) et 1950 (S) par les modifications morphologiques du noyau qui les caractérisent: apparition des chromosomes en M et marquage par les analogues des nucléosides radioactifs (incorporation de tymidine tritiée et autoradiographie) en S. Les
phase G1 et G2 ont été alors définies comme les intervalles (Gap) entre M et S, sans qu'aucun rôle précis leur soit assigné. En fait c'est durant ces périodes que se déroulent les évènements clefs qui régulent la progression du cycle: entrée en S et déclenchement de la mitose.


      A.
LA PHASE G1 : C'est la phase de quiescence durant laquelle le cellule synthétise les protéines lui permettant de croître et d'exercer ses fonctions. Au cours de cette phase de couplage entre la différentiation et la prolifération, les signaux cellulaires sont intégrés et la cellule active éventuellement les mécanismes moléculaires d'entrée en S. G1 est absente des premières divisions de l'œuf dont le temps de cycle est de l'ordre de 30 min, et elle apparaît lorsque la prolifération des cellules embryonnaires ralentit et que débute leur différentiation. La durée de G1 varie de quelques dizaines à plusieurs centaines d'heures, voire plusieurs dizaines années dans les cellules dites « postmitotiques » comme les neurones qui ne se divisent pas après la naissance. En fait ces cellules sont hors cycle dans un état métabolique particulier appelé GO.
Les expériences consistant à ajouter des facteurs de croissances (FC) dans des cultures cellulaires, puis à les supprimer à différentes périodes de la phase G 1 ont montré que l'entrée en cycle dépendait de facteurs inducteurs externes jusqu'au milieu de G1. Au-delà de cette période appelée point de restriction (point R) l'entrée en S et la progression du cycle surviennent même
en l'absence de FC, indiquant le déclenchement d'un mécanisme irréversible. La transition G 1 /S est soumise à une stricte régulation par le premier « point
de contrôle» (checkpoint) du cycle.


      B.
LA PHASE S : La durée de la phase S varie de 6 à 20 heures. Elle est prolongée dans les cellules cancéreuses aneuploïdes et en cas de lésions de l'ADN devant être réparées. Au terme de cette phase la persistance de lacunes ou la présence de cassures dans ADN active les points de contrôle en G2.


      C.
LA PHASE G2 : Elle se caractérise par le formation des complexes moléculaires qui vont déclencher la mitose. Le système de surveillance du génome vérifie l'intégrité de l'ADN (point de contrôle G2/M). La durée de G2 est d'environ 1 à 4 heures.


      D.
LA PHASE M : La mitose comprend plusieurs stades, de la "condensation des chromosomes à leur ségrégation dans les cellules filles et à la' cytodiérèse (voir Figures ci-dessus). Elle dure environ 1 heure. Son déroulement normal
,dépend de l'intégrité du fuseau et de la mécanique chromosomique (point de contrôle du fusorial et post-fusorial).
La durée du cycle cellulaire (temps de cycle, TC ou temps de doublement, TD) varie selon le type de cellulaire. Chez l'homme il est en général de 10 à 30 heures dans les cellules somatiques, mais il n'est que de quelques dizaines de minutes au cours des premières mitoses embryonnaires et peut atteindre plus de 200 heures dans certaines cellules cancéreuses.

   III. Le contrôle du cycle cellulaire

La succession des différentes phases du cycle cellulaire est strictement régulée. Les phases doivent suivre un ordre immuable, une phase devant être terminée avant que la phase suivante ne soit initiée. Une cellule A ayant dupliqué son ADN ne peut entrer de nouveau en phase S avant que la mitose n'ait distribué les chromosomes dans les cellules filles B et C. Ce phénomène traduit l'intervention d'un mécanisme inhibiteur appelé «bloc de réréplication ». Sa neutralisation dans les cellules malignes permet la survenue de plusieurs cycles de réplication dans la même cellule, affectant soit de la totalité des chromosomes (provoquant une polyploïdie par endoreplication) soit certaines régions (provoquant des amplifications segmentaires). Le déroulement des étapes cruciales du cycle et l'intégrité du génome sont soumis à un système de surveillance qui peut bloquer ou ralentir la progression" du cycle au niveau des points de contrôle en cas d'anomalies. Les perturbations des systèmes de régulation du cycle provoquent donc des altérations catastrophiques du génome.
L'identification des principaux complexes moléculaires contrôlant le cycle a bénéficiée de deux types de travaux qui, dans les années 1980, ont élucidé les facteurs responsables du déclenchement de la mitose. Secondairement il a été établi que les autres phases du cycle étaient régulées par des mécanismes similaires.
L'étude de mutants de la levure (Saccaromyces cerevisae) a identifié une centaine de gènes impliqués spécifiquement dans le contrôle du cycle cellulaire dont les mutations provoquent un blocage de la mitose ou au contraire son déclenchement précoce: ces gènes sont appelés gènes CDC (Cell Divison Cycle).

L'analyse des cellules d'oeuf d'amphibiens en mitose ou de cellules en mitose a permit la purification de protéines spécifiques présentes dans le cytoplasme de ces cellules et absentes des cellules en interphase. De plus fusion de cellules en culture à différentes phases du cycle (hybrides somatiques) a mis en évidence des facteurs cytoplasmiques induisant le mitose et la phase S : le facteur présent dans les cellules en M provoque l'entrée en mitose des cellules quel que soit leur phase; celui présent dans les cellules en S provoque l'entrée en S des cellules en G1 mais des cellules en G2.
Il est rapidement apparu que les protéines caractérisées dans le cytoplasme de ces cellules étaient codées par les gènes CDC, et que ces gènes étaient hautement conservés chez les eucaryotes de la levure à l'homme.

                                                     

Deux points de contrôle du cycle cellulaire

   IV. Contrôle de la phase M

Le facteur cytoplasmique des cellules en M ou en meïose purifié et injecté dans des cellules provoque la condensation des chromosomes caractéristique de la mitose. Il est le facteUr inducteur dominant, nécessaire et suffisant baptisé MPF (Mitosis Promoting Factor). Le MPF est un complexe formé de deux protéines.

     Une protéine de poids moléculaire 34 kD codée par le gène CDC2 appelée p34cdc2. C'est une enzyme à activité sérine-thréonine kinase. Elle est responsable du déclenchement de la mitose par phosphorylation de nombreuses protéines cibles. La concentration cytoplasmique de p34cdc2 est à peu prés stable au cours du cycle.


     Une protéine de PM 56 (p56) codée par le gène CDC13. Cette protéine qui n'a pas d'activité enzymatique régule l'activité de p34cdc2. Le taux cellulaire de p56 fluctue de façon cyclique au cours du cycle. Il augmente progressivement durant la phase G2, atteint un pic avant la phase M et s'effondre après. son déclenchement. Pour cette raison ce type de protéine est appelé CYCLINE. De façon caractéristique le pic de p56 coïncide avec l'apparition de l'activité kinase de MPF, démontrant ainsi .son rôle activateur sur p34cdc2. En raison de sa dépendance vis à vis de p56, p34cdc2. est appelée Kinase Dépendante des Cyclines ou CDK (Cyclin Dependant Kinase).

L'homologie des séquences d'acides aminés a permis d'identifier chez l'homme cinq CDK (1-5) et une dizaine de cyclines dont les plus importantes dans la régulation du cycle sont les cyclines A, B, D, et E. Les variations des taux cellulaires des cyclines sont fonctions des niveaux de transcription des ARNm et de la cinétique de dégradation des protéines. Les cyclines exercent un contrôle spatio-temporel sur l'activité des CDK en déterminant la chronologie de leur activation, la spécificité de leurs substrats et leur localisation intracellulaire. Toutes les molécules de cyclines ont en commun un
domaine de 100 à 150 acides aminés hautement conservé appelé 'cyclin box', ainsi qu'un domaine d'initiation de leur destruction (D-box) proche de leur extrémité N terminale.

                                          

La montée et la chute de l'activité du MPF et de la concentration de la cycline durant le cycle cellulaire.

L'activation du MPF

   V. Notions de kinases et phosphatases

Les complexes moléculaires de régulation du cycle agissent et sont régulés par des réactions de phosphorylation-déphosphorylation. Ce type de réactions équilibrées intervient en fait dans la plupart des systèmes de régulations cellulaires ou de transmission de signal. Il met en jeu des Kinases qui phosphorylent en transférant un groupe phosphtae de l'ATP au substrat, et des Phosphatases qui déphosphorylent en convertissant l'ADP en ATP. La kinase catalyse le transfert du groupe phosphate gamma de l'A TP sur sur l'hydroxyle de la chaine latérale de 3 acides aminés, la sérine, la thréonine, et la tyrosine. En général la phosphorylation active la protéine et la déphosphorylation la désacitive.
Les kinases et les phosphatases sont généralement des structures modulaires comportant un domaine catalytique responsable de l'activité enzymatique et un domaine régulateur capable de contrôler cette activité. Dans le cadre d'enzymes multimériques, chacun des domaines est porté par des sous unités distinctes. La spécificité d'action des kinases et des phosphatases résulte de la diversité des sous unités régulatrices qui permet de cibler le substrat à catalyser.

Action des protéines kinases

Ces enzymes clefs de la régulation des métabolismes existent en général sous forme de dimères constitués d'une unité régulatrice [R], dont la synthèse est régulée et qui est dégradée après l'utilisation, et une unité catalytique [C], qui transmet l'activation sous forme de phosphorylation d'un résidu thréonine ou tyrosine, entre une protéine donatrice [1<] et un substrat.

   VI. Les facteurs inducteurs de la mitose

La protéine CDK 1 possède trois acides aminés essentiels pour la formation du complexe cycline B/CDK1 et l'activation de la fonction kinase: la thréonine 161, la tyrosine 15 et la thréonine 14. T14 et Y15 sont localisées au niveau du site de fixation de l'A TP dont elles contrôlent l'accessibilité. T161 est localisée au fond de la « poche» (T -Ioop) recevant le substrat. La fixation de ce dernier dépend d'un changement de conformation de CDK1 induit par la cycline B et la phosphorylation de T161. Au cours de la phase G2 la cycline B s'accumule progressivement dans le cytoplasme jusqu'à une valeur seuil qui déclenche la formation du complexe en milieu de G2. Le complexe actif est stabilisé par phosphorylation de T 161 par la CAK (CDK Activating Kinase). Simultanément
l'activité de CDK1 est réprimée par phosphorylation de T14 et Y15 par la kinase Wee1 (p107). Le complexe inactif (pré-MPF) sera brusquement activéavant le déclenchement de la mitose par déphosphorylation de T14 et Y15, libérant l'accès au site de fixation de l'ATP. La déphosphorylation est catalysée par la phosphatase p80 codée par le gène CDC25. Le gène CDC25 est soumis à une régulation stricte par de multiples systèmes de signalisation cellulaire, dont ceux activés par les facteurs de croissance et les voies de signalisation mitogènes (impliquant entre autre l'oncogène RAS).

              

Activation du complexe MPF

                            

Régulation de la phosphorylation de CDK1 dans le complexe MPF

                     

Deux complexes cycline-cdk agissant à des étapes différentes du cycle cellulaire

                                        

La régulation des cdk par dégradation de la cycline

La transition métaphase/anaphase dépend de l'inactivation de MPF. La déphosphorylation de T 160 provoque la dissociation du complexe cdk1cycline B. La protéine cdk1 est recyclée et la cycline B est dégradée par le système ubiquitine-protéasome.
La kinase CDK1 phosphoryle de nombreux substrats impliqués dans le déclenchement de la mitose: condensation des chromosomes, rupture de la membrane nucléaire, réorganisation du cytosquelette (microtubules et microfilaments), arrêt des activités de transcription. Les mieux connus sont les histones H 1 "et H3, les' lamines et la vimentine.

   VII.
Contrôle de la transition G1/S

Le passage du point R et la transition G/S sont les étapes clefs de la régulation du cycle. Elles sont sous le contrôle de complexes cyclines-CDK spécifiques qui interviennent successivement et dont les actions sont complémentaires. Les variations de la concentration cellulaire des cyclines a permis de préciser leur rôle dans les différentes étapes de la progression de G 1 en S : la cycline D contrôle le passage du point R et participe à la réponse cellulaire aux signaux externes; la cycline E est le facteur essentiel de l'entrée en phase S ; la cycline A régule la progression en S. Chacune de ces cyclines s'associe avec différents types de CDK selon une chronologie très précise et les complexes ainsi formés phosphorylent un facteur régulateur majeur: la protéine Rb. L'activation de ces complexes dépend également de leur phosphorylation par la kinase CAK.
Des altérations de plusieurs de ces gènes ayant une action activatrice ou inhibitrice sur le cycle contribuent à la cancérogénèse. C'est souvent l'étude de tumeurs malignes qui a permis de les identifier et de les classer selon leurs effets en ONCOGENE (activateur) ou ANTI-ONCOGENES (suppresseurs).

                

Variation de la concentration cellulaire des cyclines au cours du cycle (la fonction de la cycline C reste mal connue)

           

 Intervention des complexes cyclines-cdk aux différentes étapes du cycle cellulaire.

   VIII. Notions d'oncogène et d'anti-oncogènes

      A. Les oncogènes sont des gènes qui activent la prolifération cellulaire. Ils codent des protéines qui participent. à la transmission du signal mitogène et peuvent intervenir à toutes les étapes de. la voie de signalisation, de la membrane au noyau. Il peut s'agir de facteurs de croissance, de leurs récepteurs membranaires, des protéines qui couplent le complexe ligand-récepteur aux voies de signalisation cytoplasmique, ou encore des facteurs de transcription activés dans le noyau. Les oncogènes ou ONC ont été initialement isolés à partir de leurs formes rétro-virales dans des cancers de différentes espèces animales (oiseaux, rongeurs, félins). Dans ces formes l'oncogène est intégré dans le génome viral à l'occasion d'un évènement unique de recombinaison, résultant de l'insertion de l'ADN rétroviral dans le génome de la cellule infectée. L'oncogène passe alors sous le contrôle actif du. promoteur viral, et de plus subit différentes altérations activatrices (mutations, délétions) lors de la recombinaison. Il acquiert alors un puissant pouvoir de transformation en activant le cycle cellulaire et en rendant la cellule indépendante des mécanismes de régulation externes. Les oncogènes activés par ce mécanisme sont appelés V-ONC.
Il n'existe pas chez l'homme de V-ONC, mais de nombreux oncogènes identifiés sous forme de V-ONC sont activés dans les cancers humains par d'autres mécanismes. Ces oncogènes cellulaires activés sont appelés C-ONC. Leur activation résulte de mutations ou de réarrangements chromosomiques. Par exemple le facteur de transcription c-myc isolé dans la myélocytomatose (une forme de leucémie) du poulet est le C-ONC le plus fréquemment activé (par translocation chromosomique) dans les leucémiès humaines. Les oncogène SRC et RAS qui sous leur forme de VONC provoquent des sarcomes (cancers du tissu conj~nctif) chez le poulet (SRC : sarcome de Rous) et le rat (RAS: Rat sarcoma) sont activés par dès mutations ciblées dans la plupart des tumeurs solides humaines (poumon,. colon...). D'autres C-ONC ont été identifiés directement à partir de leurs formes activées dans des cellules humaines. C'est le cas par exemple de la cycline D.
En règle seul un des deux gènes (allèles) d'un C-ONC est activé dans une tumeur: la contribution des C-ONC à la transformation cellulaire est donc dominante. L'allèle normal ne suffit pas à compenser l'action de l'allèle muté. En général de nombreux C-ONC. sont successivement activés au cours de l'évolution d'une tumeur.
Il est toutefois apparu que l'activation des C-ONC n'était pas suffisante à la transformation d'une cellule normale. Ceux-ci ne sont efficaces que dans des cellules « permissives », c'est-à-dire qui ont déjà accumulé des altérations génétiques ayant inactivé les systèmes de contrôle qui normalement répriment l'action pathologique des C-ONC. Les gènes qui codent les protéines de ces systèmes sont appelés gènes suppresseur ou anti-oncogènes.

      B. Les Anti-Oncogènes sont des gènes codant des protéines qui exercent un effet inhibiteur sur la prolifération cellulaire en agissant à de multiples niveaux. L'action suppressive d'un seul des deux allèles est suffisante au maintien d'un phénotype cellulaire normal. Il est donc nécessaire que les deux allèles des anti-oncogènes soient inactivés (par mutation ou délétion) pour que la cancérisation d'une cellule soit _possible. Cette caractéristique est utilisée pour définir et rechercher les anti-onc : gènes dont les deux copies sont inactivées dans des cellules malignes.
Plusieurs de ces anti-onc ont été découverts en raison de leur association à des cancers familiaux. C'est le cas du premier anti-onc connu: le gène RB. Les deux allèles de ce gène sont inactivés dans une forme rare de cancer de l'enfant développé au dépends des cellules embryonnaires de la rétine: le rétinoblastome. Une forme familiale de cette tumeur se caracterise par la survenue de tumeurs précoces et bilatérales au cours des générations. Dans ce cas la première inactivation (souvent une délétion) survient sur l'un des chromosomes des parents transmis à l'enfant. L'inactivation du second allèle intervient dans le rétinoblaste qui sera à l'origine de la tumeur. D'autres syndromes de cancers familiaux sont régis par le même mécanisme affectant d'autres anti-onc: p16 (mélanomes) ou p53 (cancers multiples).

   IX. Systèmes cyclines-CDK/RB

Le rôle essentiel et le mieux connu des complexes cyclines-CDK en G 1/S est de phosphoryler la protéine Rb. Leur synthèse en réponse aux stimuli mitogènes dépend de l'activation de leurs gènes par des facteurs de transcription commec-myc.

   A. La cycline D (D1, D2 et D3 selon les tissus) se lie avec les cdk4 et cdk6 en fin de G1. Elle est synthétisée en réponse aux signaux mitogènes tels les facteurs de croissance, et s'accumule progressivement jusqu'au point R. Sa demi-vie courte (25 mn) permet d'ajuster rapidement son taux cellulaire aux variations des signaux externes. Elle est responsable de l'initiation de la phosphorylation de la protéine Rb. Le gène de la cycline D identifié a la suite du clonage des séquences d'ADN impliquées dans une translocation chromosomique affectant des cellules de lymphomes. Ce gène est surexprimé dans plusieurs cancers (dont le cancer du sein et certains lymphomes) et la détection de la protéine ou des ARNm est un test diagnostic et/ou pronostic. La cycline D joue également un rôle important dans les mécanismes métaboliques qui couplent croissance et différentiation cellulaire.

   B. La cycline E est le second facteur limitant l'entrée en phase S. Elle forme un complexe avec cdk2 qui amplifie le phénomène de phosphorylation de Rb (hyperphosphorylation), aboutissant à son inactivation. De ce fait elle est le facteur majeur qui déclenche la réplication de l'ADN. Cette fonction rend compte de la valeur pronostic de son niveau d'expression dans le cancer du sein.

   C. La cycline A forme un complexe avec cdk2 qui contrôle la progression de la phase S. Elle s'accumule au cours de la phase S et sa dégradation déclenche le passage en G2. Le gène de la cycline A a été identifié par le clonage du site d'insertion du génome du virus de l'hépatite B (HBV) dans des cellules de carcinome hépatique.

   D. La protéine Rb est une phosphoprotéine nucléaire de 900 acides aminés, d'une centaine de kD, codée par un gène localisé chez l'homme sur le chromosome 13. La séquence de Rb est très conservee (90 % d'homologie entre Rb humain et murin). Rb comporte une dizaine de sites de phosphorylation sérine-thréonine. Les fonctions de Rb sont vitales: les embryons Rb   -/- meurent in utero et portent des altérations tissulaires (surtout du SNC) caractérisées par des anomalies de la différentiation et de l'apoptose. Chez l'homme la perte de l'activité Rb est observée dans de nombreux cancers et la fonction anti-oncogène de la molécule est démontrée par la réversion du phénotype obtenue après transfert du gène dans des cellules cancéreuses. Sous sa forme active déphosphorylée Rb est un inhibiteur majeur du cycle cellulaire: il est présent sous cette forme dans les cellules différentiées et sénescentes qui sont bloquées en GO. Dans les cellules en prolifération la progression de G 1 en S dépend de l'hyperphosphorylation inactivatrice de Rb parles complexes cyclines D/E-CDK. L'action de Rb dépend de sa liaison avec les activateurs de la transcription de la famille E2F (1-5). Sous forme déphosphorylée Rb forme un complexe avec E2F qui se fixe sur une région en « poche)} de la protéine. Les facteurs E2F sont de ce fait séquestrées et ne peuvent accéder aux promoteurs des gènes qu'ils activent. La phosphorylation de Rb a pour conséquence de modifier la conformation du site de liaison et de libérer E2F. Les peptides E2F activent une pléthore de gènes promoteurs de la. phase S. Ce sont entre autres les gènes de c-myc, des cyclines E et A, des ADN Polymérases, du PCNA, de la tyrosine kinase, et de la dihydrofolate réductase.
La fonction inhibitrice de Rb peut être subvertie par certaines protéines virales qui se fixent par compétition sur le site de E2F, provoquant de ce ait une activation constitutionnelle des gènes du cycle et une prolifération anormale des cellules. C'est le cas de la protéine E7 du virus du papillome humain (HPV) qui contribue au développement du cancer du col de l'utérus.

           

Mécanisme schématique du contrôle moléculaire de la transition G1/S

   X. Régulation inhibitrice et point de contrôle : CDKI et p53

Les complexes cyclines-cdk sont soumis à une régulation inhibitrice par des familles de molécules appelées Inhibiteurs des Kinases Dépendant des Cyclines ou CDKI. Ces CDKI sont activées soit en réponse à des facteurs de régulation physiologique, soit pour arrêter le cycle lorsque des anomalies sont détectées par les systèmes de surveillance du génome.
Les principaux CDKI sont les protéines p21, p27 et p16. Elles agissent soit en bloquant la formation du complexe cycline-cdk en se liant à cdk4/6 (p16), soit en inactivant le complexe formé (p21 et p27).

Les CDKI

P21 est un inhibiteur général de tous les complexes cyclines-cdk.
qui de plus interagit avec le PC NA. Elle peut donc bloquer toutes les phases du cycle, et particulièrement la phase S. Son accumulation dans les cellules sénescentes indique qu'elle contribue à la perte de la capacité proliférative des cellules au cours du vieillissement. Le promoteur du gène p21 est directement activé par p53, ce qui fait de p21 le principal inhibiteur du cycle en réponse au stress.

P27 inhibe spécifiquement les complexes cyclines-cdk de la phase G1 en réponse aux messages anti-prolifératifs (comme le TGF~) et
l'inhibition de contact. Elle joue un rôle critique dans la sortie du cycle et le maintien en GO des cellules différentiées. Ces fonctions pourraient expliquer pourquoi le poids et le nombre de cellules dans les organes des souris p27 -/- sont augmentés d'environ 30%.
.
P16 inhibe l'activité du complexe cdk4-cycline :D et régule négativement le passage du point R. Le gène p16 est responsable de formes familiales de mélanome selon le mécanisme classique des anti-oncogènes (une mutation germinale + une mutation somatique). De plus la protéine p16 est fréquemment absente des cellules de nombreux cancers. Physiologiquement l'accumulation de p16 est associée à la sénescence cellulaire.

             

Régulation inhibitrice des complexes cyclines-cdk par les CDKI et P53

   XI. Le système P53

Le déroulement du cycle cellulaire est soumis à un système de contrôle dont p53 est le commutateur central. Ce système est activé en réponse à des lésions du génome (cassures des brins d'ADN, blocage de la fourche de réplication, instabilité des chromosomes en mitose), ainsi qu'à des « stress» cellulaires comme l'hypoxie, une diminution de la réserve en A TP ou en nucléotides triphosphates, et l'accumulation de radicaux libres. L'érosion des télomères active également le système p53.
p53 est une protéine nucléaire activée et stabilisée par phosphorylation. Son gène localisé sur le chromosome 17 se comporte comme un antioncogène. Il est inactivé selon le mécanisme à deux étapes dans un syndrome familial rare de cancer multiple. Mais surtout les deux allèle de P53 sont mutés et/ou délétés dans 70% des cancers humains. En fait la perte de la fonction p53 est une condition à la croissance tumorale pour la plupart des cancrers.
P53 est un régulateur transcriptionnel qui active ou réprime l'expression d'un grand nombre de gènes régulant le cycle, la réparation de l'ADN et l'apoptose. Les mutations du gène (qui peuvent être caractéristiques de l'agent mutagène comme les UV ou la fumée de cigarette) altèrent les acides aminés 'qui entrent en contact avec les bases de l'ADN, supprimant ainsi la liaison spécifique de p53.
Schématiquement des lésions de l'ADN détectées par différents systèmes moléculaires. recrutés au niveau des cassures activent p53. Celle-ci bloque le cycle via 14activation du gène p21. En c,as de lésions dépassant les capacités de réparation p53 active les mécanismes de mort cellulaire par apoptose.
La perte de cette fonction de «gardien du génome» par les cellules cancéreuses leur permet d'accumuler des altérations génétiques dans des sous-populations, qui constituent un « réservoir» permettant la sélection des clones les mieux équipés pour proliférer et s'adapter aux conditions locales de la tumeur.
 

        

Comment p53 arrête le cycle cellulaire en G1