description
Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moleculaire du genome
Genes Enveloppe et pore nucleaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Necrose Theorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

Le noyau interphasique

 

   I. Généralités

Décrit par Brown en 1831, le noyau en interphase se présente en microscopie optique, après coloration, comme une masse plus ou moins ovoïde bien distincte de 10 à 20 µ, aux affinités tinctoriales particulières, cernée par une membrane, et qui représente environ 6% du volume cellulaire. C'est probablement l'organite dont l'organisation et le fonctionnement sont les plus complexes et les moins bien connus, bien que son étude ai bénéficiée des progrès de la microscopie électronique depuis les années 50, et surtout depuis les décennies 70-90 des avancées des techniques de la génomique et de la microscopie en fluorescence (en particulier l'observation des cellules vivantes par le microscope confocal à lumière laser).

Le noyau des cellules humaines renferme sous forme de compartiments chromosomiques hautement organisé les 92 molécules d'ADN (6x10^9 nucléotides) correspondant aux 46 chromosomes dont la longueur totale est de 1,8 mètre. La molécule d'ADN y est associée aux protéines histones autour desquelles elle s'enroule pour former la chromatine. Le génome nucléaire est séparé du cytoplasme par une enveloppe formée de deux feuillets membranaires interrompus par des pores, structures complexes contrôlant le trafic des molécules entre le noyau et le cytoplasme. Le noyau renferme également des centaines de protéines (dont beaucoup restent à identifier) qui contribuent à l'architecture nucléaire et constituent la machinerie moléculaire assurant le fonctionnement du génome. De nombreux complexes macromoléculaires qui associent protéines et acides nucléiques participent à la transcription des gènes, et forment des structures granulaires ponctuant la surface du noyau : Ces sont les corps nucléaires identifiables en microscopie électronique et en microscopie optique par immunofluorescence. Enfin au sein du noyau la microscopie optique individualise le NUCLEOLE, masse sphérique compacte et proéminente, dont l'ultrastructure a été élucidée par les techniques de microscopies électroniques. Le nucléole riche en ribonucléoprotéines est le site de la biogénèse des ribosomes, mais il participe sans doute également plus ou moins directement à
d'autres mécanismes comme la protéosynthèse ou la régulation de l'activité de certaines protéines.

   II. Morphologie

      A. Colorations standard

L'observation du noyau en microscopie courante (histologique et cytologique) est réalisée sur des cellules fixées après application d'une solution colorante sélective dont le type est l'HEMATOXYLINE ALUN (sel d'aluminium). Dans cette technique l'hématéine (colorant acide jaune pale) acquiert une couleur rouge par fixation d'un ion aluminium (le mordant). En solution basique le complexe appelé LAQUE NUCLEAIRE se fixe sur le noyau par l'intermédiaire de liaisons covalentes entre l'aluminium et les groupements phosphate de l'ADN, et colore la chromatine en bleu. L'affinité du noyau (en fait des acides nucléiques en raison de l'électronégativité des groupes phosphates de l'ADN et de l'ARN) pour un colorant basique est appelée BASOPHILIE.
Un autre colorant sélectif couramment utilisée pour l'observation du noyau des cellules sanguines (cytologie hématologique) et des chromosomes (cytogénétique) est l'éosinate de bleu de méthylène (coloration de MAY GRÜNWALD) associé à l'éosinate d'azur de méthylène (coloration de GIEMSA). Dissociés par l'eau neutre les cations d'azur et de bleu de méthylène se fixent sur les acides nucléiques, alors que la molécule acide qu'est l'éosine se fixe sur les groupes électropositifs des protéines (ACIDOPHILlE) des noyaux et des chromosomes. Il en résulte une coloration violet-pourpre de ces structures qui sont dites NEUTROPHILES en raison de leur double affinité tinctoriale.

La basophilie des acides nucléiques a été utilisée dans le TEST de BRACHET pour la mise en évidence de l'ADN et de l'ARN. Il utilise le vert de méthyle qui colore la chromatine (noyau) en rouge, et la pyronine qui colore l'ARN (cytoplasme) en vert. La spécificité de ces colorations est attestée par leur suppression par un traitement préalable des cellules par une DNAse (qui dégrade l'ADN) ou une RNAse (qui dégrade l'ARN).

      B. Caractères élémentaires

Ces simples colorations permettent d'identifier des aspects morphologiques importants des noyaux en microscopie optique (aux grossissements de X200 à X1000) qui contribuent à identifier la nature des cellules et à reconnaître certains caractères pathologiques (en particulier associés au cancer).
La forme du noyau varie selon le type cellulaire, son stade de différentiation et son état fonctionnel. Il peut être arrondi (dans les cellules lymphoïdes, les neurones, les hépatocytes), ovoïde (dans les cellules musculaire, les fibroblastes, les entérocytes), anguleux (dans les cellules myéloïdes), encoché ("clivé", dans les cellules lymphoïdes selon leur stade de différentiation), polylobé (dans les polynucléaires) ou encore convoluté, segmenté, voire serpentiforme (dans les cellules monocytaires).
La taille du noyau des cellules humaines évaluée par son diamètre est en moyenne de 5 à 6 µ. Elle dépend du stade de différentiation, les cellules immatures (par exemples les neuroblastes ou les myéloblastes) ayant un noyau plus volumineux. Le rapport entre le volume du cytoplasme et celui du noyau (Vn/Vc) des cellules constituant un tissu normal est homogène, ce qui reflète leur uniformité fonctionnelle. Ce RAPPORT NUCLEO-CYTOPLASMIQUE (RNC) est couramment évalué en cyto-histologie par le rapport des surfaces pour apprécier la normalité des cellules. Il est en règle inférieur à 0,15 dans les cellules adultes, à l'exception des lymphocytes dont le rapport est de l'ordre de 0,8.
La position du noyau dépend du type et de l'activité des cellules. Ilvpeut être central (lymphocytes, cellules des glandes endocrines), périphérique (cellules musculaires, adipocytes), ou refoulé à la base de la cellule par le matériel de sécrétion (cellules exocrines, cellules muqueuses). Enfin le nombre est variable. Il existe en général un noyau par cellule, mais certaines cellules sont binuclées (hépatocytes, cellules cardiaques, cellules de l'épithélium urinaire), voire plurinuclées (ostéoclastes renfermant 30 à 50 noyaux).

      C. Altérations morphologique de la cellule cancereuse

La présence d'anomalie des caractères morphologiques du noyau est un critère majeur pour le diagnostic de cancer.
Les cellules malignes se caractérisent par une augmentation de la taille nucléaire (macronucléose correspondant à un diamètre de 10-12 µ), et par un RNC élevé. De plus au sein de la tumeur la taille des noyaux est hétérogène (ANISOCARYOSE). La membrane nucléaire est épaissie et ses contours sont irréguliers. L'aspect de la chromatine est également anormal. Elle est peut apparaître fine et dispersée, ou grossière repartie en mottes irrégulières, dense et fortement colorée (HYPERCHROMA TISME). Il peut exister plusieurs noyaux et les nucléoles sont multiples, volumineux et irréguliers.

      D. Morphométrie quantitative

L'importance des atypies nucléaires pour la classification, le diagnostic et le pronostic des cancers, et les progrès du traitement des images a conduit à la mise au point de systèmes de quantification des paramètres de la morphologie des noyaux. Dans ces systèmes les images des noyaux d'une préparation histologique ou cytologiques sont saisies par une caméra à haute définition (fixée sur le microscope), digitalisées et segmentées. Les données numériques sont traitées par des programmes dont les algorithmes analysent de .multiples paramètres nucléaires globaux et régionaux tels que les dimensions, la surface, les contours, la densité optique, mais aussi des caractéristiques ( "subvisuelles" telle la texture de la chromatine. Les données obtenues sur un grand nombre de noyaux de cellules normales et cancéreuses sont traitées par une analyse discriminante qui sélectionne les paramètres les plus informatifs du "faciès") nucléaire, et définit un seuil statistique permettant d'assigner les noyaux des cellules d'un tissu à l'un des deux groupes « normal» ou «cancer». De plus les anomalies des paramètres nucléaires sont corrélées au degré des aberrations du génome des cellules malignes.


   III. Mesure du contenu en ADN : notion de ploïdie

      A. La ploïdie

La ploïdie est la valeur définissant le contenu d'un noyau en ADN ou en chromosomes.

         A.1. Valeur-C
Le contenu en ADN du noyau d"une cellule gamétique humaine est de 3 pg, ce qui correspond au complément chromosomique de 23 chromosomes. Cette valeur dite « C » ( "C " pour complément) définit la quantité d'ADN d'un génome HAPLOIDE. Exprimée en paires de bases (pb) la Valeur-C est utilisée pour exprimer la longueur du génome des différentes espèces, 1 pg équivalent à 0,965X109 pb. Chez l'homme C = 3 pg = 3,3 X 109 pb.
Le contenu du noyau d'une cellule somatique adulte normale quiescente qui contient 6 pg et 46 chromosomes est DIPLOIDE (2C).
Au cours du cycle la cellule dupliquant son ADN en phase S, le contenu en fin de S et en G2/M devient TETRAPLOIDE (4C).
Les noyaux dont le contenu en ADN est un multiple entier de la valeur C sont EUPLOIDES. Il peuvent être haploïdes, diploïdes ou POLYPLOIDES (triploïdes, tétraploïdes ...). Lorsque la charge en ADN dévie des valeurs euploïdes, le noyau est ANEUPLOIDE. Il pourra être par exemple hypodiploîde (2C-x) ou hypertriploïde (3C+x).

         A.2. Valeur-N : Elle exprime la ploïdie chromosomique qui dépend d'un facteur qualitatif, puisque déterminée par l'observation directe des chromosomes ou de leurs séquences génomiques constitutives (par les techniques de cytogénétiques moléculaires).
Une cellule somatique normale diploïde contient 2N = 46 chromosomes. En mitose après duplication de l'ADN cette valeur reste égale à 2N puisque les 4 chromatides reliées deux à deux par un centromère forment deux chromosomes homologues.

L'ANEUPLOIDIE chromosomique résulte aussi bien de la perte complète ou partielle d'un (MONOSOMIE) ou des deux (NULLOSOMIE) chromosomes d'une paire, que de leur duplication complète ou partielle (TRISOMIE, TETRASOMIE, ect).

Dans des cellules normales les valeurs C et N sont équivalentes. Il n'en est pas de même dans les cellules cancéreuses qui portent des aberrations complexes du nombre et de la structure des chromosomes:
le noyau de ces cellules peut contenir une quantité diploïde d'ADN, alors'
que le complément chromosomique aneuploïde. (2N +/-  X) est affecté d'altérations qui se compensent (gain et perte de chromosomes ou de fragments chromosomiques de même taille) et ne modifient pas significativement la valeur C.

      B. Mesure du contenu nucléaire en ADN : cytométrie

Le contenu en ADN du noyau est couramment évalué en pathologie ou en recherche par une méthode appelée CYTOMETRIE. Cette méthode permet la mesure relative de la charge en ADN d'une population de cellules par quantification de la fluorescence émise par un fluorochrome excité, dont le taux de fixation sur le noyau est proportionnel à la valeur C (colorant ou sonde stoechiométrique). Cette technique peu s'appliquer soit à des cellules en suspension (CYTOMETRIE EN FLUX), soit à des préparations sur lames de tissus ou de cellules (CYTOMETRIE par
ANALYSE D'IMAGES).

         B.1. Principes du cytomètre de flux

Les cellules fixées en suspension (cellules sanguines ou cellules d'un tissu dissocié à la concentration d'environ 106/ml) dont les noyaux ont été colorés par un ou plusieurs fluorochromes, sont entrainées dans un flux liquide (tampon salin). Elles traversent à la file et à grande vitesse
(10 à 30 milles par seconde, séparées les une des autres par au moins 1mm) une chambre de lecture en passant devant une source lumineuse excitatrice focalisée (faisceau laser). Le fluorochrome excité par une gamme de longueurs d'ondes de photons correspondant à son spectre d'excitation émet un signal fluorescent (photons, de longueurs d'ondes correspondant au spectre d'émission) dont l'intensité est proportionnelle au contenu du noyau en ADN. De plus chaque cellule diffracte et absorbe la lumière laser. La lumière diffractée/transmise et la fluorescence sont
filtrées et captées par un dispositif de photodétection.

Les signaux sont amplifiés, digitalisés et traités par une unité informatique qui" calcule "les paramètres caractérisant la population cellulaire. Les résultats sont présentés sous forme d'histogramme de distribution des intensités de la fluorescence dans les sous-populations cellulaires. Par ailleurs la mesure de la diffraction et de l'absorption lumineuse renseigne sur la masse et la granulosité des cellules.
Certains cytomètres permettent de trier les cellules en fonction de leur niveau de fluorescence (TRIEURS DE CELLULES ACTIVES PAR LA FLUORESCENCE ou FACS, Fluorescence Activated Cells Sorter). Dans ces systèmes lorsque le capteur détecte un niveau de fluorescence prédéterminé (correspondant par exemple aux cellules 4C), il applique une charge électrostatique à la goutte liquidienne contenant la cellule sélectionnée qui est ensuite déviée vers un réceptacle par deux
électrodes.

Plusieurs types de fluorochromes peuvent être utilisés pour colorer l'ADN en fonction du type de laser dont est équipé le cytomètre. Les spectres d'excitation de ces fluorochromes varient de 493 à 536 nm et leurs spectres d'émissions de 455 à 620 nm. Les plus courants sont les molécules se fixant spécifiquement sur les dimères de bases A- T comme le DAPI et le HOECHST 332 émettant dans le bleu-violet, ou elles s'intercalant entre les bases comme l'IODURE DE PROPIDIUM ou le BROMURE D'ETHIDIUM émettant dans le rouge.

La cytométrie fournit des valeurs d'intensité de fluorescence en unités arbitraires, et né permet donc pas la quantification absolue du contenu nucléaire en ADN. Celui-ci doit donc être exprimé relativement à un étalon interne normal diploïde. On utilise généralement des lymphocytes ou des hématies (nucléées) de poulet ou de truite.
De plus à l'heure actuelle les cytométres sont équipés de 2 ou 3 lasers pouvant détecter jusqu'à 8 fluorochromes différents. Il est donc possible, non seulement de quantifier le contenu en ADN par les colorants nucléaires, mais de détecter simultanément un ou plusieurs composants de la cellules marqués par d'autres fluorochromes (plus d'une cinquantaine disponible) aux spectres distincts, comme la FITC (Fluoresceine Iso Thio Cyanate) absorbant dans le bleu et émettant dans le vert (490/520 nm).
La méthode courante de détection des composants cellulaires est celle de l'IMMUNOFLUORESCENCE. Elle consiste à incuber les cellules en présence d'anticorps qui se fixent spécifiquement sur la molécule cible, localisée le plus souvent à la surface de la membrane (antigènes membranaires) mais qui peut être également une protéine intra-cellulaire (les cellules devant être préalablement perméabilisées). Cet anti-corps dit «primaire» peut être couplé à un fluorochrome, le complexe antigène-anticorps étant alors directement détecté (IMMUNOFLUORESCENCE DIRECTE). Souvent c'est un anticorps "secondaire" fluorescent dirigé contre le primaire (et produit par une autre espèce) qui est utilisé pour augmenter l'intensité du signal (IMMUNOFLUORESCENCE INDIRECTE).

Cette technique' est très utilisée en clinique pour caractériser par cytométrie les antigènes membranaires des cellules leucémiques (IMMUNOPHENOTYPAGE) .dans un but de classification diagnostique et pronostique. Il s'agit en fait d'une méthode générale qui permet de détecter par cytométrie ou de localiser dans des cellules ou des tissus par microscopie en fluorescence (épi-fluorescence ou laser) toute molécule contre laquelle des anticorps peuvent être produits. L'utilisation de cytomètres ou de microscopesmulti-canaux permet de détecter simultanément 3 ou 4 cibles différentes.

         B.2. Résultats et applications

L'histogramme renseigne à la fois sur la ploïdie et sur la fraction des cellules dans les différentes phases du cycle cellulaire.

Ploïdie :
.
       - Dans un tissu normal dont la majorité des cellules est hors cycle un histogramme typique est constitué d'un pic 2C des cellules en G1, suivi d'un épaulement (cellules en S passant de 2C à 4C) et d'un pic minoritaire 4C de cellules en G2/M.
Au contraire dans un tissu tumoral la présence de cellules aneuploïdes voire polyploïdes se caractérise par un ou des pics G1 et S-G2-M anormaux surnuméraires.

       - La présence de pics aneuploïdes est un élément important pour identifier les cellules cancéreuses ou pré-cancéreuses. De plus pour de nombreux types de cancers le degré d'aneuploïdie est corrélé à l'évolution de la tumeur, et donc au pronostic. En clinique la ploïdie d'une tumeur est exprimée par l'INDEX D'ADN (lA) qui est le rapport de la valeur du (ou des) pics G1 des cellules malignes / la valeur du pic G1 des cellules normales. Un lA = 1 correspond à des cellules diploïdes (2C), alors que des chiffres de l'ordre de 2 indiquent une tétraploîdie, et une déviation par rapport aux valeurs ~ 1 ou ~ 2 une aneuploïdie.

Cycle cellulaire :

Le traitement des histogrammes (qui peuvent être complexes à cause entre autre du recouvrement des pics) par des algorithmes informatiques permet d'estimer la fraction des cellules dans les phases G1, S et G2/M du cycle cellulaire.
Cependant la fraction des cellules en S est plus précisément mesurée par l'incorporation de BrdU (Bromo déoxy Uridine). La BrdU est un nucléoside analogue de la déoxyThymidine, dont le groupe CH3 porté par le carbone 5 de la Thymine est remplacé par un atome de brome. La BrdU administrée à des cellules en culture ou injectée à animal, voire à l'homme, est incorporée dans l'ADN au cours de la phase S et peut être  détectée par immunofluorescence. Le % des noyaux marqués par l'anticorps anti-BrdU est définie comme l'INDEX DE MARQUAGE (lM), qui représente le % cellules en phase S durant l'exposition à la BrdU, et correspond à la fraction des cellules en prolifération. La technique du double marquage permet de coupler l'analyse de la ploïdie et de la cinétique cellulaire (Figure 5). La discrimination des sous-populations cellulaires en fonction de plusieurs autres marqueurs comme les antigènes membranaires de différentiation (analyse multiparamétrique) est également possible.


   IV. Organisation supra-moléculaire du noyau

      A. Architecture des chromosomes

         A.1. Architecture de Rabl

Dés le début du' XXème siècle les observations de T. Boveri et C. Rabi avaient établi que la position des chromosomes dans le noyau interphasique n'était pas aléatoire.
La « configuration de Rabi» a été étudiée en détail dans les cellules de la Drosophile par l'analyse de la distribution statistique de dizaines de loci dans la sphère nucléaire. Dans cette configuration polarisée qui préserve la géométrie des chromosomes en anaphase, les télomères et les centromères sont regroupés à des pôles opposés du noyau. De plus les fibres chromosomiques entrent en contact avec la membrane nucléaire par des centaines de points d'ancrage qui délimitent des boucles d'une longueur de 1 à 2 Mb. Il résulte de ces contraintes spatiales que les loci représentent des entités spatiales distinctes qui occupent des régions préférentielles du noyau. Des sondes télomériques et centromériques ont également identifié cette configuration chez certains végétaux et dans les cellules de la levure Saccharomyces cerevisae, mais exceptionnellement dans les cellules de mammifères.

         A.2. Territoires chromosomiques des mammifères

Dans les noyaux des cellules de mammifères les centromères et les télomères sont détectés sur toute la surface nucléaire, avec une prédominance périphérique.
La technique FISH de « peinture chromosomique» et le traitement des images digitalisées par des logiciels de quantification et de reconstruction d'objets ont permis de modéliser la topologie tridimensionnelle du génome.
Les chromosomes forment des domaines distincts, de formes irrégulières grossièrement ovoïdes, sans chevauchement étendu: les TERRITOIRES CHROMOSOMIQUES (TC). Les CT occupent des positions préférentielles par rapport au centre du noyau (distribution radiale). D'une façon générale la position radiale des chromosomes humains est corrélée avec leur densité et leur niveau moyen d'expression génique. Les chromosomes ayant densité génique la plus faible et représentant une fraction mineure du transcriptome (les 3, 4, 8, 10, 18, 13) sont en position périphérique, alors que les chromosomes à densité génique élevée qui représentent la fraction majeure du transcriptome (les 16, 19, 20, 22) sont proches du centre. Ce phénomène a été étudié en détails chez l'homme et 7 espèces de primates supérieurs pour les chromosomes 18 et 19 (ou leurs homologues chez les primates), dont les densités géniques sont respectivement de 4 et 20 gènes par Mb. De façon remarquablement consistante les CT des 18 ont été observés au contact de la membrane nucléaire, .alors que ceux des 19 étaient en position centrale, ce qui souligne le rôle de cette configuration conservée durant plus de 30 millions d'années d'évolution dans l'organisation fonctionnelle du génome. Une distribution radiale non aléatoire de plus d'une dizaine de loci spécifiques dans plusieurs types de cellules humaines a également été observée, dont ceux de gènes impliqués dans les translocations chromosomiques associé~s aux cancers et leucémies.
Par contre, il ne semble pas que les chromosomes homologues ou hétérologues occupent en règle générale des positions préférentielles les uns relativement aux autres. Pour une distance radiale donnée les TC et des loci géniques sont en règle distribués au hasard. Cependant, certains chromosomes sont regroupés en une configuration stable dans laquelle ils sont préférentiellement associés. C'est spécifiquement le cas des chromosomes 1, 16, 17, 19 et 22 au centre du noyau. Cette proximité pourrait favoriser les interactions fonctionnelles entre les gènes portés par ces chromosomes ainsi que les réarrangements entre loci voisins. La proximité des chromosomes 19 et 22 qui portent respectivement le gène ABL et BCR pourrait ainsi faciliter dans les cellules hématopoïétiques la formation de la translocation réciproque t(19;22) (constituant le chromosome de Philadelphie) et du gène chimère BCRABL à l'origine de la leucémie myéloïde chronique.
Il faut souligner que les caractéristiques de la distribution spatiale des chromosomes sont des représentations probabilistes et qu'elles ne permettent pas d'assigner de coordonnées absolues à tel ou tel TC. La position d'un chromosome varie considérablement de cellule en cellule en raison de la plasticité de la chromatine. Elle dépend sans doute du type cellulaire, ainsi que de la différentiation et de l'état fonctionnel ou pathologique de la cellule, mais égaiement de biais expérimentaux. Sa localisation dite. préférentielle traduit en réalité une déviation statistiquement significative, mais le plus souvent faible, par rapport à une distribution aléatoire des positions relevées dans des centaines de noyaux marqués.

         A.3. Structure et dynamique des TC

Les TC en phases GO ou G1 sont des entités physiques stables et distinctes, de forme irrégulière, présentant des surface anfractueuses,
,dont les paramètres morphologiques (forme, volume et surface) peuvent varier au cours du temps de 20 à 30 %.
L'étude en haute résolution des TC par microscopie confocale et microscopie électronique a révélé une structure lacunaire (<< spongieuse »). Les TC sont constitués d'une mosaïque de domaines de chromatine convolutée plus ou moins condensée, d'un diamètre de 300 à 450 nm, correspondant aux bras, aux centromères et aux bandes chromosomiques. Ces domaines sont limitées par un ESPACE
INTERCHROMATINIEN (EIC) virtuellement dépourvu d'ADN, qui forme un réseau de canaux ramifiés qui entoure et parcourt les TC, pour se terminer au niveau de domaines d'une taille d'environ 1 Mb. Dans cet
espace se projettent des boucles de fibres de chromatine décondensée ou dispersée émises par les domaines du TC. En général les TC et les domaines sont séparés par un El, mais ils peuvent être plus rarement en contact. Dans ces cas des fibres s'étendent d'une entité dans l'autre sans jamais fusionner.

La dynamique des TC et de loci chromosomiques peut être actuellement analysée dans les cellules vivantes pendant plusieurs dizaines d'heures, grâce à un ensemble de techniques associant le marquage global ou régional de la chromatine par la protéine GPF, la FISH, le « photoblanchiement » et la chronophotographie.
Les TC des noyaux de cellules humaines sont globalement d'une remarquable stabilité durant la presque totalité de l'interphase. Du milieu de G1 à la fin de G2 ils présentent des mouvements aléatoires de diffusion contrainte, confinés dans un rayon d'environ 0,5 à 1 µm, soit un 1/500 à 1/1000 du volume nucléaire. Par contre ces mouvements s'amplifient considérablement en début de G1 probablement lorsque les chromosomes rejoignent leur emplacement définitif après la télophase. Ces constations ont été étendues à des sites chromosomiques spécifiques, indépendamment de leurs densité génique ou de la composition de leurs séquences d'ADN. La proximité du nucléole ou de
la membrane nucléaire réduit le rayon des mouvements chromatiniens, peut être en raison de l'encombrement stérique de ces structures.
Des travaux récents suggèrent que les positions des TC seraient globalement mais imparfaitement maintenues d'une génération cellulaire à l'autre. Elles seraient transmises aux cellules filles lors de la
ségrégation des chromosomes en mitose, par un mécanisme conservateur imparfaitement fidèle et de nature inconnue. Selon ce modèle, les fluctuations de l'ordre des chromosomes à chaque mitose rendraient compte de la variabilité des positions d'un TC dans différentes cellules. Une telle mosaïque de configurations pourrait contribuer aux fluctuations des profils d'expression géniques au sein d'une même population cellulaire.
Si les TC sont remarquablement stables dans un type donné de cellules humaines en culture, des mouvements chromosomiques de grande amplitude ont été observés dans différentes circonstances
expérimentales ou pathologiques, démontrant le rôle que peut jouer la plasticité des compartiments nucléaires dans la réponse cellulaire. Par exemple dans les fibroblastes humains en culture le passage en phase GO (quiescence) s'accompagne d'une relocalisation interne du chromosome 18, qui reprend sa position périphérique lorsque les cellules prolifèrent de nouveau. D'autre part dans des neurones des foyers corticaux de sujets atteints de crise comitiales fatales, le chromosome X est localisé au centre du noyau, alors qu'il périphérique au contact de la membrane nucléaire dans les neurones normaux.

         A.4. Domaines chromosomiques et transcription des gènes

Les gènes silencieux sur l'X inactivé des femelles de mammifères sont localisés au centre du TC, alors que les gènes actifs (environ 10%) sont en périphérie. Cette observation suggère que pour être accessible aux complexes de transcription un gène doit être positionné en périphérie du TC.
En fait cette configuration résulte probablement de l'état surcondensé de l'X inactif. En général les gènes peuvent être transcrits dans toutes les régions des TC où ils sont accessibles aux complexes protéiques de transcription. Ils sont par contre préférentiellement Iocalisés au niveau d'une zone de chromatine décondensée. Les régions de chromatine portant plusieurs gènes fortement exprimés et participant à une même fonction (comme les gènes du complexe majeur d'histocompatibilité sur le chromosome 6 par exemple) peuvent former des boucles relaxées qui se projettent à l'extérieur du TC.