description
Biologie cellulaire
Membrane plasmique Transports membranaire Processus de reconnaissance et d'adhesion intercellulaire Matrice extracellulaire
Cytosquelette Reticulum endoplasmique Appareil de golgi Lysosomes
Peroxysomes Devenir des proteines cellulaires Communications et signaux intercellulaires Mitochondries

 

Biologie moléculaire
Techniques d'etude de l'architecture du noyau Chromatine Noyau interphasique Organisation moleculaire du genome
Genes Enveloppe et pore nucléaire Replication de l'A.D.N. des cellules eucaryotes Transcription chez les eucaryotes
Cycle cellulaire Apoptose / Nécrose Theorie cellulaire procaryotes et eucaryotes  

 

Transports membranaires

 

   I. Transports moléculaires

La partie centrale de la bicouche lipidique est hydrophobe. Cette hydrophobicité empêche la diffusion des substances polaires au travers de la membrane plasmique. La cellule a donc besoin de systèmes de transport pour faire pénétrer les nutriments, évacuer les déchets et régler la concentration ionique intracellulaire.

Concentration Intracellulaire           Concentration Extracellulaire
                             (mM)                             (mM)
Na+                        5-15                              145
K+                          140                                 5
Ca++                      10-2                              1-2
(H+): pH                   7,2                               7,4
Cl-                          5-15                              110
 

   II. Diffusion transmembranaire simple au travers de la bicouche

Ce transport ne nécessite pas d'énergie (transport passif) ; il s'agit d'une diffusion simple des molécules au travers de la couche lipidique selon un gradient de concentration.

      A.
Perméabilité de la membrane plasmique à l'eau

L'eau (18 daltons) est une molécule polaire et peu soluble dans l'huile. Cependant elle passe rapidement au travers de la bicouche grâce à sa petite taille. Dans certains tissus (vessie, tube rénal, colon), il y a des canaux à eau (aquaporines). La membrane plasmique est semi-perméable : elle laisse passer librement les molécules d’eau mais pas les plus grosses molécules.

Rappel biophysique sur la pression osmotique :

Une pression osmotique se créé entre deux compartiments lorsqu'ils sont séparés par une membrane semi-perméable et qu'ils contiennent un soluté à une concentration différente.
- exemple : si une membrane est perméable à l'eau mais pas au glucose , l'eau diffusera du compartiment ayant la concentration en glucose la plus faible vers le compartiment ayant la concentration la plus forte ; tout se passe comme si on exerçait une pression sur le compartiment le plus dilué: c'est la pression osmotique . L'eau se déplace du milieu hypotonique vers le milieu hypertonique ; si les deux compartiments sont isotoniques, la pression osmotique est nulle et il n'y a pas de déplacement d'eau.

Importance des phénomènes osmotiques en physiologie cellulaire :
La membrane plasmique se comporte comme une membrane semi-perméable ou mieux à perméabilité sélective : elle laisse passer facilement l'eau mais pas ou peu les ions et les molécules hydrosolubles dissous. La diffusion de l'eau au travers de la membrane est passive car elle ne nécessite pas d'énergie.
- Importance des phénomènes osmotiques au niveau du globule rouge et de la cellule cérébrale :
*Les cellules humaines vivent en isotonie avec le plasma grâce à la composition constante de celui-ci en protéines et en sodium. L'hypotonie ou l'hypertonie du plasma dues à certaines circonstances pathologiques sont source de perturbation cellulaire : déshydratation ou oedème cellulaire, hémolyse.
*Les cellules qui vivent en milieu hypotonique ( algues ou bactéries ou plantes d'eau douce) ont une paroi rigide qui leur permet de résister à la pression osmotique. L'amibe et les protozoaires d'eau douce ont une vacuole contractile qui pompe l'eau en excès dans le cytoplasme et qui l’excrète à l'extérieur de la cellule .
*L'eau de mer est pratiquement isotonique aux organismes marins.

      B. Perméabilité de la membrane aux petites molécules non chargées

* Les petites molécules non polaires, non chargées pénètrent très rapidement à travers la membrane plasmique (ex. : 02, N2, CO, anesthésiques volatiles : par exemple l'halothane induit une anesthésie très rapide car il pénètre rapidement dans la membrane des cellules nerveuses grâce à sa lipophilie). La lipophilie d’un produit est déterminée par son coefficient de partage K= C lipide

ex: le diéthylurée (K= 0,01) diffuse 50 fois mieux dans la membrane que l’urée (K= 0,0002).
La membrane cellulaire est 100 à 1000 fois plus visqueuse que l’eau: la diffusion d’une molécule au travers de la membrane est moins rapide que dans l’eau.

* Les petites molécules polaires non chargées pénètrent plus lentement surtout si leur poids moléculaire est élevé : le CO2 (44 d), l'éthanol (46 d) et l'urée (60 d) pénètrent plus rapidement que le glycérol (92 d). Le glucose (180 d) pénètre très difficilement par diffusion passive, il devra être pris en charge par des transporteurs spécifiques .

      C.
Perméabilité aux ions

La membrane plasmique est extrêmement imperméable aux ions ; ceci est du à la charge et à l'hydratation des ions. Il passe 1 ion Na+ au travers de la membrane quand il passe 109 molécules d'eau.

   II. Transports transmembranaires médiés par des protéines transmembranaires

De nombreuses substances indispensables à la vie de la cellule (ions, oses, acides aminés, nucléotides...) sont incapables de pénétrer rapidement dans la cellule par diffusion passive. Leur pénétration intracellulaire nécessite des transporteurs : les protéines de transport membranaire . Chaque protéine transporteuse est spécifique d'une seule classe de molécules ou d'une seule molécule: c'est la stéréochimie du site de fixation du substrat sur le transporteur qui est responsable de la spécificité. Par exemple, le transporteur du D-glucose (hexose physiologique ) ne peut pas transporter le L-glucose (isomère optique incapable d'être métabolisé par la cellule). Dans certaines maladie génétique, il y a une mutation d’une protéine transporteuse:

ex: la cystinurie: les individus atteints ne peuvent réabsorber la cystine (un acide aminé soufré) au niveau du tubule rénal ---> création de lithiases intrarénales et dans les voies excrétrices

Certaines protéines véhiculent une seule molécule d'un côté de la membrane à l'autre : c'est un système uniport. D'autres protéines assurent le transport d'une molécule grâce à un couplage avec le transport d'une autre molécule: si les deux molécules sont transportées dans le même sens, il s'agit d'un système symport ; si les deux molécules sont transportées dans un sens opposé, il s'agit d'un système antiport.

Ex 1: le transport des glucides dans les bactéries s'effectue par un symport avec le proton H+; l'énergie du transport est fournie par le gradient de protons.

Ex 2: la Na/K ATPase fait sortir le Na+ en échange de la rentrée d'un K+ ; il s'agit d'un antiport .

Les protéines de transport transmembranaire peuvent être :

* des canaux ioniques: ces protéines forment un canal hydrophile transmembranaire qui permet le passage des ions selon un gradient électrochimique. Ce type de transport ne nécessite pas d'énergie. Ces canaux peuvent être en conformation ouverte ou fermée. La durée d'ouverture d'un canal ionique est très brève ( quelques centaines de milliers d'atomes en quelques millisecondes).

* des protéines porteuses (perméases) se lient de façon spécifique à une molécule et la font passer de l'autre côté de la membrane ; ceci réalise le processus de diffusion facilitée. La diffusion se fait dans le sens du gradient électrochimique et ne requiert pas d'énergie propre (transport passif). Les protéines de transport traversent une ou plusieurs fois la bicouche lipidique et forment des pertuis hydrophiles qui évitent le contact entre les molécules polaires et la partie hydrophobe de la bicouche.
Le transport n'est pas assuré par le flip-flop des molécules protéiques mais plutôt grâce à un changement de conformation du transporteur ( modèle ping-pong où la protéine oscille entre deux conformations stéréochimiques) . C'est un transport lent mais prolongé dans le temps (quelques milliers de molécules par seconde)

* des protéines responsables d'un transport actif: ces protéines fonctionnent comme des pompes qui entraînent spécifiquement une molécule contre un gradient électrochimique. Ce processus nécessite de l'énergie fournie par la dissociation de l'ATP en ADP et Pi .

Ex 1: la glycoprotéine P-180 est une protéine membranaire des cellules cancéreuses résistantes; cette protéine expulse certains médicaments anticancéreux hors de la cellule en consommant de l'énergie fournie par l'ATP. Elle traverse 14 fois la membrane en définissant des canaux par où passe le médicament . Cette protéine est trouvée à l’état physiologique dans les bordures en brosse des cellules intestinales ou rénales: elle permet de rejeter à l’extérieur des substances génotoxiques mutagènes. Elle est paradoxalement détournée par les cellules cancéreuses pour se protéger des médicaments antinéoplasiques.
Ex 2: Le canal CFTR (cystic fibrosis transporting receptor) est un canal pour les ions chlorures, appartenant comme la P-180 à la superfamille des transporteurs membranaires (famille ABC: ATP binding cassette). Sa mutation est responsable de la mucoviscidose en empêchant la protéine d'accéder à la membrane plasmique. La conséquence est un défaut d'hydratation du mucus qui s'accumule dans les bronches et le pancréas d'où une insuffisance respiratoire progressive et un défaut d'assimilation digestive des graisses.

Ex 3: le transport du glucose fait appel selon les cellules à des transporteurs actifs ou passifs qui peuvent coopérer:

- La cellule intestinale doit puiser le glucose dans le tube digestif où la concentration peut être faible: elle doit utiliser un système de transport actif. Le principe est identique à celui des acides aminés: c’est un cotransport avec le gradient sodique comme source d’énergie. La vitesse d’absorption du glucose dépend de la concentration de sodium dans la lumière intestinale.
L’absorption intestinale du glucose est permise par la polarisation de la cellule qui maintient une distribution asymétrique des protéines membranaires; des jonctions étanches séparent les domaines membranaires apical et basolatéral, empêchent la diffusion latérale des protéines transporteuses et maintiennent ainsi la polarisation de la cellule intestinale :
- le symport glucose-Na est localisé dans la membrane apicale de l’entérocyte, face à la lumière intestinale ; il permet l’entrée d’une molécule de glucose couplée à un ion Na+.
- la Na/K ATPase est localisée dans la membrane basolatérale de la cellule; elle expulse le Na pour maintenir un taux constant de Na+ intracellulaire (maintien d’un gradient sodique entre la lumière intestinale et l’intérieur de la cellule ) ; elle permet l’absorption du Na par l’organisme .
- une protéine transporteuse de la membrane basolatérale permet le transport du glucose de la cellule vers le milieu interstitiel et le sang par diffusion facilitée.

- Les autres cellules de l’organisme puisent le glucose dans le plasma ou dans le liquide interstitiel où la concentration est élevée (0,8 - 1 g/l) et constante. L’entrée du glucose se fera par des perméases assurant une diffusion facilitée selon le gradient de concentration. Ce sont des uniports appartenant à une même famille de protéines traversant 12 fois la membrane (GLUT 1, 2, 3 ...). Dans la cellule le glucose est immédiatement phosphorylé en glucose-6-phosphate par une glucokinase: ceci permet de conserver le gradient de glucose et empêche le G-6-P de rétrodiffuser vers l’extérieur. La perméase au glucose de l’érythrocyte a été clonée. Il s’agit d’une protéine qui traverse 12 fois la membrane (12 hélices æ). L’affinité de la perméase pour le D- glucose est supérieure à celle pour le mannose ou le galactose. Il n’y a pas d’affinité entre la perméase et le L-glucose. La perméase au glucose à pu être étudiée en l'isolant de la membrane plasmique par des détergents puis en l'incorporant dans des liposomes artificiels: la présence de la protéine est nécessaire pour le passage transmembranaire du glucose


   IV. Modélisation d'un phénomène de transport


A la différence de la diffusion membranaire simple, qui n'est pas saturable, un transport assuré par des protéines (diffusion facilitée ou transport actif ) est saturable s'il y a un excès de substrat.

Ex : la réabsorbtion du glucose au niveau de la cellule du tubule rénal. La vitesse d’absorbtion est une fonction exponentielle variant selon la concentration du glucose. Ce type de fonction s’explique si on admet qu’il existe un nombre fixe de transporteurs à affinité variable qui sont recrutés à la demande. Le Km est la concentration de glucose qui correspond à la vitesse demi-maximale de réabsorption


   V. Un exemple de transporteur actif : la Na/K ATPase

Toutes les cellules possèdent un potentiel électrique de membrane, plus ou moins marqué, qui représente la différence de charge électrique entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule . L'intérieur de la cellule est chargé négativement par rapport à l'extérieur.
Ce potentiel de membrane (- 75 mV) a été mis en évidence pour la première fois dans l'axone géant du calmar grâce au diamètre de cette cellule (1 mm qui permet l'insertion de microélectrodes. Le potentiel de membrane existe dans toutes les cellules vivantes. Les modifications du potentiel de membrane sont à l'origine de l'influx nerveux ou de la contraction des cellules musculaires.
La Na/K ATPase est une glycoprotéine transporteuse transmembranaire de type tétramère 2ß2 qui déborde sur les deux faces de la membrane plasmique. La Na/k ATPase expulse 3 Na+ et fait rentrer 2 K+ en consommant de l'énergie fournie par une molécule d'ATP. Il existe un canal de fuite du K+ indépendant de la Na/K ATPase alors que la membrane est imperméable dans l'autre sens au Na+ ; il en résulte un excès de charges positives à l'extérieur de la cellule et donc une électronégativité relative de l'intérieur de la cellule.
La Na/K ATPase est présente dans toutes les cellules animales ; le maintien du gradient électrique consomme au moins 1/3 des besoins en énergie de la cellule. La NaK ATPase est phosphorylée et déphosphorylée de manière réversible par l'ATP. Si on traite les cellules par le dinitrophénol, un poison de la mitochondrie, les gradients disparaissent, le potentiel transmembranaire diminue et la cellule meurt car le milieu intérieur intracellulaire ne permet plus le fonctionnement normal des enzymes. Dans les cellules nerveuses qui se dépolarisent et se repolarisent constamment , cette pompe consomme 70 % de l'énergie cellulaire. L'ouabaïne (un médicament tonicardiaque) inhibe la Na/K ATP-ase en se fixant au site de liaison du K+. La diminution de la polarisation entraînée par l'entrée de sodium permet l'ouverture d'un canal calcique, voltage dépendant, qui facilite la contraction de la cellule cardiaque.

Rôles de la Na K+ ATPase:

* Elle est “électrogène”: elle contribue à la formation de la différence de potentiel transmembranaire. La membrane plasmique est un condensateur puissant: 200 000 V/cm.
* Elle règle le volume cellulaire :
La Na/ K ATPase expulse plus ou moins rapidement le sodium. Si le sodium s’accumule dans la cellule, le volume d’eau intracellulaire augmente pour compenser l’hyperosmolarité intracellulaire. On peut faire éclater des cellules animales en les traitant par l’ouabaïne .
* Elle maintient un gradient de Na entre l’extérieur et l’intérieur de la cellule: ce gradient sera utilisé comme source d’énergie pour le transport intracellulaire de certaines substances (glucose, acides aminés ...).
* Transport des acides aminés et du glucose
C’est un transport couplé avec le Na+ ( cotransport ). Le Na+ et l’acide aminé se fixent sur 2 sites du transporteur ; ceci induit une modification de la conformation du transporteur ; le sodium et l’acide aminé sont libérés ensembles à l’intérieur de la cellule.
Le moteur du transport est constitué par le gradient de concentration de Na entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule. Ce gradient est entretenu par la Na/K+ ATPase. Il y a 9 transporteurs différents pour les 20 acides aminés indispensables à la synthèse des protéines .

   VI. 
La Ca2+ATPase

Cette protéine permet de maintenir une concentration cytosolique faible de calcium. Le gradient de Ca++ entre l’intérieur (10-6 à 10-7 M) et l’extérieur de la cellule (10-3 M) est très élevé dans la cellule au repos. La Ca-ATPase est logée au niveau de la membrane plasmique ou dans la membrane du reticulum lisse (sarcoplasmique) du muscle strié (CSC: Compartiment Séquestrant le Calcium contenant la calséquestrine, protéine fixant le Ca avec une haute affinité). La Ca-ATPase transporte 2 Ca2+ pour chaque molécule d’ATP hydrolysée. La présence de Mg 2+ qui se lie au site ATPase est indispensable au bon fonctionnement de la Ca-ATPase. Dans la cellule activée (ex contraction musculaire), le Ca est libéré, se fixe transitoirement à la troponine, ce qui déclenche l’interaction actine-myosine, puis est repompé par la Ca-ATPase lors de la relaxation musculaire. 
 

   VII. Fonctionnement des canaux ioniques transmembranaires

Les canaux ioniques peuvent être dans une configuration ouverte ou fermée. L’ouverture des canaux peut être réglée par un ligand ( récepteur de l’acétylcholine) ou par la tension (ou voltage). Canaux régulés par la tension et canaux régulés par un ligand sont successivement mis en oeuvre au cours d’un processus physiologique complexe, la jonction neuromusculaire.

La transmission de l’influx au niveau de la jonction neuromusculaire s’effectue en plusieurs étapes.

1. Le potentiel de repos d’un nerf est du à la différence de potentiel entre l’extérieur de la membrane plasmique où règne un excès de charges positives et l’intérieur de la cellule où se trouve un excès de charges négatives. Ce gradient électrique est provoqué par l’action conjointe de la Na/K ATPase et d’un canal de fuite du potassium. La membrane plasmique forme donc un condensateur aux bornes duquel la DDP est intense (- 70 mV/3,5 nm = 200 000 V/cm). L’influx nerveux est une onde de
dépolarisation qui diminue ou annule le potentiel électronégatif de la cellule; cette onde de dépolarisation se propage de proche en proche du corps neuronal vers l’extrémité axonale. Cette dépolarisation ouvre de façon brève des canaux sodiques voltage-dépendant.
Au niveau de l’extrémité synaptique, un canal calcique voltage-dépendant est ouvert lors de l’arrivée de l’influx . Comme il existe un gradient de Ca++ entre le milieu extracellulaire (10-3 M) et le cytosol (10-6 M) , l’ouverture du canal calcique provoque une entrée massive du Ca++ dans la terminaison axonale; cet afflux de Ca++ provoque une fusion des vacuoles d’acétylcholine avec la membrane de l’extrémité axonale ; le neuromédiateur est libéré dans l’espace synaptique.

2. L’acétylcholine se fixe à son récepteur spécifique situé au niveau de la membrane musculaire (canal réglé par un ligand). Par sa fixation, le neuromédiateur provoque une modification de la conformation du canal qui devient brusquement perméable au Na; le sodium pénètre à l’intérieur de la cellule musculaire en suivant son gradient électrochimique; la cellule musculaire commence à se dépolariser. Le récepteur de l’acétylcholine a été isolé de l’organe électrique du poisson torpille. Un inhibiteur spécifique du récepteur a été extrait d’un venin de serpent: la bungarotoxine. Le curare est un autre inhibiteur de ce récepteur. Le récepteur a été séquencé: c’est un pentamère. La fixation de l’acétylcholine modifie transitoirement la conformation du récepteur et autorise la pénétration du Na. Très rapidement après son ouverture, le récepteur se relaxe et se referme; cette ouverture très brève du récepteur, qui s’effectue même si l’acétylcholine reste fixée, est un mécanisme de sécurité qui empêche une pénétration trop massive du Na dans la cellule. L’acétylcholine est relarguée dans la fente synaptique; elle est recaptée par les terminaisons nerveuses ou détruite par l’acétylcholine-estérase (enzyme inhibée par la prostigmine).

3. La dépolarisation membranaire initiée par l’ouverture du canal-récepteur à l’acétylcholine provoque l’ouverture d’autres canaux sodiques adjacents sensibles au voltage; l’afflux sodique intracellulaire augmente brusquement grâce à ce mécanisme d’amplification. Ceci donne naissance à une onde de dépolarisation de la cellule musculaire: le potentiel d’action.

4. Le potentiel d’action se propage à l’ensemble de la cellule musculaire, en particulier à un compartiment vésiculaire spécialisé issu du reticulum sarcoplasmique qui contient beaucoup de Ca++ en réserve (compartiment subcellulaire séquestrant le calcium: CSC ) . Des canaux transporteurs du Ca sont situés dans la membrane du CSC ; l’ouverture de ces canaux est réglée par la tension; quand la membrane du CSC est dépolarisée par le potentiel d’action, les canaux s’ouvrent et laissent échapper le calcium au niveau des fibrilles musculaires. Le calcium permet la liaison de l’actine et de la myosine et provoque la contraction des myofibrilles.

Les récepteurs voltage- ou ligand-dépendants sont étudiés grâce à la technique du Patch Clamp. Cette technique permet d’isoler une petite fraction de membrane cellulaire à l’extrémité d’une fine pipette en verre ; la membrane qui contient un ou quelques récepteurs peut être baignée au niveau de sa face interne ou externe par des milieux de composition déterminée par l’éxpérimentateur; ce dispositif expérimental permet de recueillir des signaux électriques provoqués par l’ouverture ou la fermeture des canaux membranaires sous l’influence d’un ligand (ou d’un médicament) ou de la variation du voltage
 

   VIII. Régulation du pH intracellulaire par les protéines membranaires

Le pH intracellulaire est très strictement stable à 7,2. Il peut augmenter à 7,4 quand la cellule reçoit un signal de prolifération (facteur de croissance) ou lorsqu’un oeuf est fécondé.

Plusieurs systèmes biochimiques permettent la stabilité du pH intracellulaire:
* les ions H+ sont fournis par le métabolisme cellulaire (ex acide lactique résultant du métabolisme du glucose) et par la dissociation du CO2: CO2 + H20 <=> H2CO3 <=> H+ et HC03-.
* les ions H+ sont tamponnés par les protéines (hémoglobine, ....), les phosphates et les bicarbonates cellulaires.
* L’excrétion des ions H+ est assurée par l’antiport Na/H. L’activité de ce transporteur est régulée par la liaison des H+ à la partie intracytoplasmique de la protéine. Le Na + qui est entré en échange de H+ est expulsé par la Na/K ATPase.
*L’échangeur Cl- /HCO3- est également important pour éviter l’alcalinisation du milieu intracellulaire; cet échangeur est nommé bande III dans le globule rouge mais il existe dans toutes les cellules.
* Un autre transporteur combine les deux mécanismes (échangeur Na+/HCO3- ): il fait entrer Na+
et HCO3- en échange d’une sortie de H+ et de Cl-. Cet échangeur est régulé par la disponibilité en Cl-. Il a l’avantage de neutraliser 2 protons : un qui sort, un qui se combine avec HCO3-.

Dans les cellules pariétales de l’estomac, il existe une H+/ K+ ATPase, de structure proche de la Na/K ATPase qui assure l’expulsion de protons dans la lumière gastrique et acidifie le contenu jusqu’à un pH de 1 (rôle dans la digestion des protéines et la stérilisation du bol alimentaire avant son transit dans l’intestin).

Dans la paroi des lysosomes se trouve une H+/K ATPase qui permet l’acidification de ce compartiment cellulaire (pH 4-5).


      A.
Transports des substances macromoléculaires

Les cellules peuvent capter les substances macromoléculaires par endocytose :
- soit par pinocytose (particules < 150 nm non visibles en microscopie optique, macromolécules, protéines ): la cellule “boit“
- soit par phagocytose ( particules visibles, virus, bactéries): la cellule “mange”
Les cellules peuvent également excréter des substances vers l’extérieur : exocytose (protéines, hormones).

         A.1. la pinocytose
La pinocytose résulte de l’invagination de la membrane plasmique , avec formation de vésicules qui se séparent secondairement d’elle, se rassemblent en vésicules plus grosses et migrent dans le cytosol.

         A.2. L’amibe ( protozoaire ) mise en présence de substances inductrices chargées positivement (acides aminés, protéines, virus ) migre dans le sens du gradient de concentration de ces substances . L’animal développe des pseudopodes qui se creusent d’un microtube où pénètrent les substances nutritives ; par la suite , le tube se ferme et se fragmente en vésicules ; les vésicules fusionneront avec des lysosomes .
- la paramécie ( autre protozoaire) possède une région spécialisée où se forment les vésicules de pinocytose : la région buccale .

         A.3. le fibroblaste (cellule du tissu conjonctif) est capable de se déplacer dans une boîte de culture. Au cours de cette migration, on observe la formation de vésicules de pinocytose . Les vésicules se forment à l’arrière de la cellule en mouvement et se déplacent à travers le cytosol grâce aux protéines du cytosquelette (tubuline) ; elles fusionnent avec la membrane plasmique à l’avant de la cellule ; on assiste donc à un recyclage membranaire permanent qui économise la synthèse de nouvelle membrane par le réticulum. Ce phénomène de recyclage membranaire peut être visualisé par des microbilles de carbone déposées à un endroit de la membrane cellulaire; les billes se déplacent comme sur un tapis roulant de l’avant vers l’arrière de la cellule.
En quelques heures, une cellule peut ingérer l’équivalent de son volume par le biais de la pinocytose ( 4 heures pour un macrophage ).

         A.4. Les puits recouverts
Les puits recouverts (coated pits) sont des zones spécialisées (2 % de la surface de la membrane plasmique) où s’effectue l’essentiel de l’activité de pinocytose. On peut observer la formation de 2 500 vésicules de pinocytose par minute au niveau des puits recouverts.

Les puits recouverts sont visibles en microscopie électronique sous la forme de petites dépressions membranaires doublées, à l’intérieur de la cellule, par un matériel dense aux électrons . Des récepteurs protéiques membranaires sont insérés dans la membrane des puits recouverts, ces récepteurs concentrent et captent les substances du milieu extracellulaire qui doivent être endocytées.

La protéine responsable de la formation de la vésicule de pinocytose a été caractérisée : la clathrine ( PM = 180 000 ). Chaque molécule de clathrine ressemble à une hélice à 3 branches (triskelions) , mise en évidence grâce à la microscopie électronique avec ombrage. Les molécules de clathrine se lient entre elles pour former une cage polyédrique qui enferme la membrane de la vésicule (vésicules hérissées). L'adaptine lie le récepteur à la clathrine. La dynamine (protéine à activité GTPasique) coupe la vésicule du reste de la membrane plasmique. Une fois la vésicule formée et internalisée, les molécules de clathrine se dissocient et sont recyclées sous la membrane des puits couverts.
La vésicule lisse (endosome) est dirigée vers sa destination (le plus souvent un lysosome). Les processus d’initiation et de destruction de la cage de clathrine sont encore mal connus. Il existe des protéines déstabilisantes de la clathrine qui appartiennent à la famille des Heat Shock Proteins (HSP) et qui ont une activité ATPasique.

Exemple du récepteur aux lipoprotéines :
Les LDL (light density lipoprotein) sont la forme circulante du cholestérol dans le plasma . Ce sont des ensembles macromoléculaires (20-25 nm) formés par :
- une monocouche de phospholipides externes où est intercalé du cholestérol libre
- un centre contenant du cholestérol estérifié par des acides gras
- des protéines qui assurent l’organisation de l’agrégat moléculaire et qui servent de signal à la surface de la LDL (apo-B).
La protéine se fixe au récepteur des LDL situé sur les puits recouverts (le récepteur a une extrémité extracytoplasmique pour fixer la LDL et une partie hydrophobe qui traverse la membrane et une extrémité arrimant le récepteur à la clathrine par l'intermédiaire de l'adaptine AP-2). La fixation de la LDL induit la polymérisation de la clathrine et donc la formation d’une vésicule de pinocytose; la LDL est internalisée. La vésicule se sépare de la clathrine qui est recyclée vers le puits recouvert. La vésicule libérée fusionne avec une vésicule acidifiée (pH 5) par une H+/ATPase où le récepteur se sépare de la LDL (CURL: Compartment of Uncoupling of Receptor and Ligand); les récepteurs de LDL sont recyclés vers la membrane plasmique du puits recouvert; la lipoprotéine est dégradée par les enzymes lysosomiales en cholestérol et en acides aminés.
Chez certaines personnes, il y a absence ou anomalie du fonctionnement des récepteurs aux LDL (absence de site de liaison au puits recouverts) . C'est souvent une mutation dans une séquence Asp-Pro-X-Tyr qui est en cause; cette séquence est cruciale pour l'enfouissement de la vésicule.
La conséquence de ces défauts génétiques est l’hypercholestérolémie familiale qui entraîne un excès de cholestérol circulant; ce cholestérol trop abondant va s’accumuler dans les parois artérielles et provoquer l’athérome avec ses redoutables conséquences : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, artérite des membres inférieurs. Les individus homozygotes meurent en bas age de maladies cardiovasculaires; les hétérozygotes (1 homme sur 500) ont 50 % de récepteurs et présentent des complications plus tardives. Il y a plusieurs types de mutations pathogènes du récepteur: certaines mutations ne gênent pas l’endocytose mais empêche le découplage de la LDL dans le compartiment acide du CURL, dans certains cas le récepteur est incapable de s’attacher à la membrane plasmique et il est sécrété, dans d’autres cas, le récepteur ne se localise pas au niveau des puits recouverts et il diffuse dans toute la membrane plasmique.

Exemple du récepteur de la transferrine:
Le fer ionisé, toxique, est transporté dans le plasma par une grosse protéine, la transferrine. Les cellules possèdent à leur surface un récepteur de la transferrine qui fonctionne sur le modèle précédent: intervention de la clathrine, découplage dans le CURL, recyclage du récepteur à la surface des puits recouverts et de la transferrine et libération intracellulaire du fer qui est repris en charge par des protéines porteuses intracellulaires.

Vésiculation sans intervention de la clathrine:
Dans certains cas, la formation des vésicules de pinocytose ne se fait pas par l’intermédiaire de la clathrine; le mécanisme moléculaire n’est pas encore bien connu. C’est le cas des vésicules de transcytose qui assurent le transport des anticorps dans la cellule intestinale du nouveau-né. Chez le nouveau-né, la muqueuse intestinale capte les anticorps présents dans le lait grâce à un récepteur du fragment Fc des immunoglobulines. L'anticorps est internalisé dans une vésicule et traverse la cellule intestinale, sans dégradation, de la membrane apicale vers la membrane basale et les vaisseaux sanguins . Ce phénomène de transcytose des anticorps disparaît quand l’enfant grandit; les cellules intestinales deviennent presque totalement imperméables aux protéines .
 

   IX. la phagocytose


Alors que la pinocytose existe dans toutes les cellules , la phagocytose n’existe que dans les cellules spécialisées: macrophages et polynucléaires.
Ces cellules émettent des pseudopodes qui englobent la proie (bactéries, virus, cellules vieillies, altérées ou cancéreuses ) ; il y a formation d’une vacuole de phagocytose qui fusionnera avec les lysosomes. Le contenu de la vacuole sera partiellement ou totalement dégradé. Les pseudopodes se forment grâce à des modifications locales du cytosquelette où interviennent une interaction actine-myosine et la tubuline: la phagocytose est inhibée par les poisons de l’actine (cytochalasine) et ceux de la tubuline (colchicine, vincristine). Applications thérapeutiques: le traitement de la goutte et des purpuras thrombopéniques.
La phagocytose s’opère comme la pinocytose grâce à des récepteurs membranaires .
Le macrophage est une cellule du système immunitaire spécialisée dans la phagocytose. Le macrophage est attiré par des substances du métabolisme ou de la structure bactérienne (lipopolysacharides): c’est le chimiotactisme. Dans la membrane du macrophage, par exemple , il y a des récepteurs pour le fragment Fc des immunoglobulines (anticorps); une cellule totalement recouverte d’anticorps sera phagocytée alors qu’une cellule partiellement couverte ne sera pas ingérée. La facilitation de la phagocytose du macrophage provoquée par les anticorps se nomme opsonisation. Le récepteur du Fc a été cloné; il s’agit d’une protéine de 231 AA, avec une partie intramembranaire hydrophobe et un segment extracytoplasmique où se trouve le site de reconnaissance pour Fc. Cette molécule appartient à la superfamille des immunoglobulines car certaines des séquences du récepteur sont semblables aux sites de reconnaissance des anticorps pour les antigènes. Le récepteur de Fc est couplé à un canal sodium; la fixation d’une extrémité Fc d’un anticorps provoque une entrée de Na, provoquant elle même une dépolarisation membranaire et une activation cellulaire (phagocytose, production lysosomiale de H2O2). La phagocytose est un processus qui demande de l’énergie (100 molécules d’ATP par particule ingérée).
La pénétration intracellulaire de certains virus (VIH) se fait par phagocytose grâce à des récepteurs membranaires (CD4) et à une internalisation par des vésicules à clathrine.


   X. l’ exocytose

L’exocytose se fait par fusion de la membrane des vésicules intracellulaires avec la membrane plasmique .
La plupart des cellules excrètent des macromolécules vers l’extérieur. Les vésicules proviennent du reticulum ou du Golgi. Les vésicules s’accolent à la membrane plasmique et des protéines facilitent la fusion entre les feuillets membranaires.
Les vésicules sont excrétées :
- soit en continu ( lors d’une sécrétion permanente : ex la salive )
- soit lors d’une stimulation cellulaire :
ex. libération d’acétylcholine à la jonction neuromusculaire déclenchée par l’irruption de Ca++ dans l’extrémité synaptique.
ex. : libération brutale d’histamine par le mastocyte lorsqu’il y a fixation d’un antigène sur les immunoglobulines E ( Ig E ) fixées à sa surface : c’est mécanisme du choc anaphylactique (ou allergique) .
L’excrétion de particules virales se fait par les mêmes voies que l’exocytose (bourgeonnement viral); des protéines de fusion facilitent cette excrétion (virus de Sendaï).

Les déchets cellulaires non totalement dégradés par les lysosomes pourront être excrétés par exocytose (défécation cellulaire) ou s’accumuler dans les macrophages (silice, amiante, goudrons de la fumée de cigarette).