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Chimie
Structure de l'atome Liaison chimique Liaisons intermoléculaires
Géométrie des édifices moléculaires Liaison dans le modèle ondulatoire Nomenclature
Stéréoisomérie Intéraction moléculaire  

Stéréoisomérie

 

La stéréoisomérie étudie les problèmes d’isomérie qui relèvent de la représentation de la molécule dans l’espace.

La réactivité d’une molécule est étroitement liée à sa géométrie, notamment dans le cas d’interactions avec le milieu vivant.

   I. La relation d’énantiomérie

Lorsqu’une molécule n’est pas superposable à son image dans un plan, on dit qu’elle est chirale.
Dans le cas contraire on dit qu’elle est achirale.

Représentation selon le procédé « du coin volant » :

La chiralité d’une molécule est liée à l’absence de certains éléments de symétrie.

Les molécules chirales sont des molécules qui ne possèdent ni plan ni axe de symétrie (ni axe de symétrie alternant d’ordre n).

Dans le premier cas, il existe un plan de symétrie.

Dans le deuxième, il n’y a ni plan ni centre de symétrie. Les deux molécules ne sont pas superposables, elles sont chirales.

Un carbone qui porte 4 substituants différents est dit asymétrique.
La conséquence de cette chiralité est que la molécule peut exister sous 2 formes.
Ex : Acide lactique CH3-CHOH-COOH
(acide 2-hydroxy propanoïque)


Représentation du coin volant :

 

Représentation de Newman :

Pour la représentation de Newman, on regarde dans l’axe de la liaison C¾ H.

 

Ces 2 isomères sont appelés :
   - énantiomères
   - inverses optiques
   - antipodes optiques

Dans la plupart des cas, les 2 énantiomères ont les mêmes propriétés physiques et chimiques (sauf vis à vis d’une autre molécule chirale). Il existe un seul point sur lequel les 2 énantiomères se différencient toujours et même s’opposent : c’est le pouvoir rotatoire.

Si on interpose un énantiomère dans un faisceau de lumière polarisée, on remarque un rotation du plan de polarisation.

2 énantiomères ont des pouvoirs rotatoires identiques mais de signe opposé.


L’un va faire tourner le plan de polarisation vers la droite, il est dextrogyre on lui affecte le signe (+).
ex : (+) acide lactique.
L’autre fera tourner le plan de polarisation vers la gauche, il est lévogyre, on le nomme avec le signe (-).
ex : (-) acide lactique.


Les mélanges équimoléculaires de ces 2 énantiomères est appelé mélange racémique.
Ce mélange n’est pas optiquement actif : il n’a aucune action sur la lumière polarisée. On le désigne par .
Comme les énantiomères ont les mêmes propriétés physiques et chimiques, il est difficile a priori de séparer les 2 constituants du racémique.

La relation d’énantiomèrie définit la configuration relative de ces 2 énantiomères, dont l’un est (+) et l’autre (-) mais il est impossible de dire à l’examen des 2 représentations laquelle représente la forme dextrogyre et laquelle représente la forme lévogyre.
2 corps peuvent avoir la même chiralité sans pour autant avoir le même signe du pouvoir rotatoire.
 

L’expérience montre que l’un des composés est dextrogyre et l’autre lévogyre.
Le signe du pouvoir rotatoire n’est qu’une donnée expérimentale et ne peut donc être prévue.
On va donc définir la configuration absolue.

   II. Configuration absolue - Règle de Cahn, Ingold, Prelog

Cahn, Ingold et Prelog ont proposé une nomenclature pour caractériser et définir de manière univoque chacune des 2 configuration d’un carbone asymétrique.

On établit d’abord un classement séquentiel des 4 substituants. L’ordre du classement correspond aux valeurs décroissantes du numéro atomique Z.

Si les 2 substituants sont liés au carbone asymétrique par un atome du même élément, on les départage en considérant les substituants en 2° position. Par exemple :

CH3--C*--CH2--CH3

Le groupe éthyle l’emporte sur le groupe méthyle.

Classer par ordre décroissant de priorité les substituants

Br - OH - C(CH3)3 - CH2OH - NH2 - CH3.

Br : Z = 35
O : Z = 8
N : Z = 7
C : Z = 4
 

Br

OH

NH2

CH2OH

C(CH3)3

CH3

1

2

3

4

5

6

     

Une double ou triple liaison est considérée comme l’équivalent de 2 (ou 3) liaisons simples.

Ce classement étant établi, on regarde la molécule du côté opposé au substituant qui est classé en 4° position et on examine les 3 autres substituants pris dans l’ordre décroissant de priorité (1 à 3).

Si le déroulement s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre : configuration absolue R (Rectus)

Dans le sens inverse : configuration absolue S (Sinister).

Exemples :
 

est vu ainsi en Newman :

 

Configuration S

est vu ainsi :

Configuration R

 

 

Si un énantiomère a une configuration absolue R, l’autre est S.

Enantiomères :

Autre exemple d’énantiomères :

Attention : H est en arrière quand on regarde du côté opposé à 4.

Noter une nouvelle fois qu’il n’y a pas de relation systématique entre le signe du pouvoir rotatoire (lévogyre, dextrogyre) et la configuration absolue (R,S).

Le fait d’estérifier la fonction de l’acide lactique provoque un changement de signe du pouvoir rotatoire sans modifier la configuration absolue

   III. Nomenclature D - L

On indique parfois avec quelle forme dextrogyre ou lévogyre du glycéraldéhyde le composé peut être mis en corrélation.

La structure par diffractométrie (Rayons X) du (+) Glycéraldéhyde a été établie en 1951 :

(+) Glycéraldéhyde

Selon Cahn, Ingold, Prelog.

Configuration absolue R

L’acide (-) R lactique (lévogyre) dont la configuration est directement reliée à celle du (+) Glycéraldéhyde est souvent désigné comme acide D Lactique. Sa forme dextrogyre sera alors désignée (+) L Lactique.

Acide (-) lactique : forme R

= acide D lactique

la forme dextrogyre sera alors désignée (+) L lactique.

Cette nomenclature est souvent utilisée pour certaines familles de composés (glucides, acides aminés). Elle se justifie si on utilise la convention de FISCHER :

C’est une représentation plane. Les 4 liaisons sont représentées par des traits pleins.

  • un trait vertical correspond à une liaison située dans le plan de la feuille ou en arrière du plan.

  • un trait horizontal correspond à une liaison en avant du plan.

  • Par convention, on place la fonction la plus oxydée en haut.

     

    (-)

    Par exemple, dans le cas du glucose, par convention, si l’hydroxyle le plus éloigné du carbonyle est placé à droite, c’est la configuration D.

    Si il est à gauche : configuration L


    D glucose

     

    Les aminoacides qui jouent un rôle important dans les processus biologiques ont tous la même configuration absolue et appartiennent à la série L par référence au (-) L glycéraldéhyde

    L aminoacide

    (-) L glycéraldéhyde

    Cette identité de configuration absolue ne permet pas de préjuger du signe du pouvoir rotatoire. Les symboles D et L n’ont pas de rapport avec le signe du pouvoir rotatoire.

       IV. Diastéréoisomérie

    Lorsque 2 molécules sont stéréoisomères mais ne sont pas énantiomères, elles sont diastéréoisomères. Il y a plusieurs cas :

          A. Composés comportant 2 atomes de carbone asymétriques

    Ex :

    4 combinaisons sont possibles (RR, RS, SR, SS)

    Les molécules RR et SS sont images l’une de l’autre puisque les configurations absolues sont inversées.

    RR et SS sont 2 énantiomères

    Il en est de même pour RS et SR qui constituent un couple d’énantiomères :

    • Les énantiomères ont les mêmes propriétés chimiques et physiques mais pas la même action sur la lumière polarisée.

    • Les diastéréoisomères ont des propriétés physiques et chimiques différentes.

    Tableau des différentes combinaisons :

    Exemple :

    Pour la représentation selon Newman, on regarde dans l’axe C¾ C

    Conformation éclipsée

    pas stable

    Les 2 composés sont en équilibre

    Conformation décalée

    beaucoup plus stable

     

    Cas particulier : composé MESO

    Si on substitue Br par Cl :

    Le composé RS contient un plan de symétrie donc la molécule n’est plus chirale (elle est achirale) :

    RS = SR.

    Il n’y a plus d’action sur la lumière polarisée car il y a un plan de symétrie.

    Un composé méso a 2 carbones asymétriques et un plan de symétrie. Il est inactif sur la lumière polarisée.

    On a 3 stéréoisomères :

    • un couple d’énantiomères

    le composé méso

          B. Cas des molécules cycliques

             B.1. Cyclobutane : 1 bromo 2 chloro cyclobutane

    Présence de 2 C*

    4 stéréoisomères correspondants

     

    C’est une configuration CIS car les 2 atomes d’halogènes sont du même côté du plan.

    C’est une configuration TRANS car les 2 atomes d’hydrogènes sont de par et d’autre du plan

    Si on substitue Br par Cl, on a un plan de symétrie et toujours 2 carbones asymétriques.
    RS est équivalent à SR : c’est un composé méso


    plan de symétrie

             B.2. Cyclohexane

    Il présente un intérêt particulier du fait qu’il est présent dans de nombreux composés naturels (stéroïdes, terpènes). La substitution va donner la même chose.

    Mais le cycle n’est pas plan et on va envisager pour le cyclohexane 2 conformations principales.

    forme chaise

    forme bateau

    Les 2 formes sont en équilibre, cependant la forme bateau est moins stable car elle comporte 8 liaisons éclipsées.
    Dans la forme chaise, on envisage 2 positions pour les substituants : position axiale et équatoriale.


    forme chaise

    Au dessus du plan moyen de la molécule, l’ordre des substituants est a - e - a - e...
     

    forme bateau
    Si on passe d’une forme chaise à l’autre forme chaise, un substituant en position axiale passe en position équatoriale.

    Soit un dérivé substitué 1,2 en configuration CIS.

    Les 2 substituants seront en situation axiale et équatoriale (ou inversement).
     

    Pour un dérivé disubstitué TRANS, on aura les halogènes en situation axiale - axiale ou équatoriale -équatoriale.

    En représentation de Newman, on regarde dans l’axe de la liaison C¾ C.

    Par exemple : forme chaise du cyclohexane selon Newman :

    si l’on passe à l’autre forme chaise, le substituant en position axiale vient en position équatoriale.

    Si l’on passe à l’autre forme chaise, le substituant en position axiale vient en position équatoriale.

          C. Composés chiraux sans carbone asymétrique

             C.1. Série des allènes

    Ce sont des composés organiques avec 2 doubles liaisons l’une à côté de l’autre.

    Le carbone central est lié aux carbones 1 et 3 par des liaisons p (orbitales p) et des liaisons s par hybridation sp1.

    Les carbones 1 et 3 présentent à ce carbone des orbitales sp2 pour les liaisons s et des orbitales p pour les liaisons p.

    On est obligé de faire tourner une des orbitales p du carbone central pour qu’elle soit dans un plan perpendiculaire. On peut alors envisager un recouvrement latéral

    Cette rotation de 90° entraîne que les 2 substituants portés par le C vont se situer dans un plan perpendiculaire à la feuille.

    La molécule est chirale ; elle n’a ni plan ni centre de symétrie. On peut donc envisager l’étude de son énantiomère.

    Tous les composés alléniques ne sont pas chiraux :

     

    Il existe un plan de symétrie : molécule achirale

     

    Il existe un axe de symétrie : molécule achirale

             C.2. Série spiranne

    Þ 2 cycles successifs sont dans des plans perpendiculaires

    Il n’y a ni plan ni centre de symétrie : molécule chirale. Donc on a 2 énantiomères.

    Mais :

    Le plan représenté est un plan de symétrie : un Br au dessus et un Br au dessous du plan.

             C.3. Composés encombrés

    Il s’agit de l’isomérie atropique pour les composés présentant des empêchements à la rotation (dérivés du biphényle).

    La rotation est possible

    pas de rotation possible du fait de l’encombrement

     

    Il n’y a pas de centre ni de plan de symétrie : la molécule est chirale.

    composés organométalliques (?) voir cours Raf

          D. Composés comportant une double liaison

    L’hybridation sp2 empêche toute rotation autour de la liaison C = C. Si chacun des atomes de carbone porte 2 atomes ou groupes d’atomes différents, il peut exister 2 stéréoisomères. Ils ne sont pas images l’un de l’autre et sont donc des diastéréoisomères.

    Ex : 1,2 dichloroéthylène ClCH = CHCl

    Nomenclature : on établit un classement sur chacun des carbones doublement liés en utilisant la règle de Cahn, Inlog Prelog. On examine ensuite dans quelle position relative se trouvent les groupes prioritaires.

    S’ils sont du même côté, en position CIS, il s’agit de l’isomère Z (de l’allemand Zuzamen = ensemble)

    Dans le cas contraire : position TRANS, c’est l’isomère E (entgagen = opposé).

     

       V. Méthode de dédoublement

    Les énantiomères ont les mêmes propriétés chimiques donc a priori il est difficile de les séparer.

    Au laboratoire, ce dédoublement est réalisé en faisant réagir sur le racémique un composé chiral par exemple (+)B :

    (± )A + (+)B ---->  (+)A(+)B + (-)A(+)B

    Ce sont des diastéréoisomères ; leurs propriétés sont différentes.

    Par un traitement convenable, on régénère à partir des composés (+)A(+)B et (-)A(+)B les 2 énantiomères . (+)A et (-)A.

    Pour dédoubler un acide chiral, on utilisera une base active (morphine, quinine...)

    Pour dédoubler une base chirale, on utilisera un acide (acide malique, acide tartrique...)

    Autres méthodes de dédoublement :

    • cristallisation

    • photochimie

    • méthode cinétique

     

       VI. Conclusion : la chiralité et le vivant

    Deux énantiomères ont mêmes propriétés chimiques et physiques (sauf si le réactif est chiral).

    Au laboratoire, si une réaction conduit à un produit chiral, les 2 énantiomères de forment en quantité égale et on obtient donc le racémique.

    Ex :

    Pour les composés naturels présents dans les organismes vivants, c’est souvent différent.

    Lorsqu’un composé est chiral, il est très fréquent qu’un seul des énantiomères existe dans la nature (camphre, menthol, glucose, cholestérol, acides aminés...)

    Dans le cas des réactions « naturelles » on n’obtient en général qu’un seul énantiomère. Ainsi, l’hydratation au laboratoire de l’acide fumarique donne le mélange racémique de l’acide malique.

    Mais la même réaction effectuée biologiquement au cours du cycle de Krebs produit spécifiquement l’acide S malique

    Le comportement chimique de l’énantiomère vis à vis d’un récepteur biologique peut être très différent.

    La forme dextrogyre de l’asparagine a un goût sucré alors que sa forme lévogyre a un goût amer
     

    la forme lévogyre de l’adrénaline est 12 fois plus active que sa forme dextrogyre.

    Adrénaline


    L’interaction chimique entre une molécule et un substrat biologique (par exemple la surface d’une protéine) est conditionnée par une reconnaissance de forme mutuelle.

    Envisageons le schéma suivant :

    énantiomère actif

    énantiomère inactif : pas d’interaction possible

    Dans le 1er cas, il y a interaction entre les groupes actifs de la molécule et les groupes récepteurs du substrat.

    --> La géométrie de la molécule a une grande importance