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Epidémiologie
Définition de l'épidémiologie Mesure de la santé d'une population Sources des informations en épidémiologie Méthodes de recherche en épidémiologie : les enquêtes
Risques et facteurs de risques Prévention et dépistage Evaluation de la valeur des données et des décisions médicales  

 

Définition
 

   I. Définition de l'épidémiologie

Parmi les nombreuses définitions de l'épidémiologie nous retenons celle de J.H. Abramson :

"L'épidémiologie est une science qui a pour objet d'étudier l'occurence, la répartition et les déterminants des états de santé et des maladies dans la population et les groupes humain".

Son approche est collective et sous-tend l'action de santé publique. Les groupes humains étudiés répondent à des critères géographiques, d'âge, d'appartenance à une catégorie socioprofessionnelle, de lieu de travail, d'habitation, etc...

      A. Différents aspects de l'épidémiologie

         A.1. L'épidémiologie descriptive

C'est l'étude de l'occurence et de la répartition dans l'espace, le temps, les classes sociales, des malades. Autrement dit, il s'agit d'obtenir les données relatives à la population, nécessaires à l'évaluation des besoins et à la planification des soins, et utiles à la recherche où elle aide à la formulation d'hypothèses.

En mesurant l'importance de la maladie dans des populations définies par un critère ou facteur géographique, chronologique, professionnel, etc... on peut évoquer de liaison entre la maladie et ces facteurs d'environnement.

         A.2. L'épidémiologie analytique (ou étiologique)

C'est l'aspect le plus fructueux de la recherche épidémiologique car c'est lui qui permet de mettre en évidence des facteurs étiologiques ou de risque, la connaissance de ces facteurs permettant dans certains cas d'enrayer ou de prévenir la maladie.

Les hypothèses de départ sont formulées à la suite d'études épidémiologiques descriptives ou étiologiques portant sur un autre sujet (par exemple : association tabac-cancer de la vessie observée à l'occasion d'enquêtes centrées sur les cancers bronchiques) et également à la suite de recherches cliniques ou biologiques.

A partir de ces hypothèses, on s'efforce de vérifier l'existence de liaison statistiques dans des enquêtes dont la méthodologie sera étudiée plus loin.

Selon D.Schwartz, la réalisation et l'interprétation des résultats de ces enquêtes doivent se faire dans un sens explicatif ou dans un sens pragmatique.

Recherche explicative :

La recherche explicative vise à expliquer l'apparition d'une maladie, c'est-à-dire à en déceler les causes. Elle est à la base de toute prévention. Mais l'interprétation causale exige une approche expérimentale seule capable de garantir que les groupes étudiés sont comparables (en évitant le biais statistique d'échantillonnage).

Or en Médecine on est plus souvent dans des situations d'observation que dans des situations d'expérience et l'interprétation  causale n'est pas aisée. De nombreuse différences, en effet, séparent les malades des non-malades, elles peuvent porter non seulement les causes des maladies mais aussi sur des facteurs liés à la cause...

Recherche pragmatique :

Ces difficultés ont amené les épidémiologistes à adopter une attitude plus pragmatique, visant d'avantage à prévoir qu'à expliquer. Il n'est pas, en effet, toujours nécessaire de comprendre pour agir efficacement.

L'attitude pragmatique conduit à déterminer non plus les facteurs étiologiques mais des facteurs de risque permettant d'isoler des groupes dits "à haut risque" auxquels on applique les mesures préventives dont on dispose.

C'est ainsi qu'une étude épidémiologique sur les facteurs de risque de l'infarctus du myocarde a montré que l'hypercholestérolémie et la présence d'anomalies à l'électrocardiogramme étaient des signes qui pouvaient faire craindre l'apparition d'un infarctus ; rien ne prouve que ces deux signes soient des causes directes de l'infarctus, mais en pratique leur constatation peut être suffisante pour amener à prendre des mesures concrètes de surveillance et de prévention.

Le cheminement de l'épidémiologie est donc le suivant :

 * Recherche de facteurs prédictifs sans préoccupation de recherche causale.
 * Utilisation de tous ces facteurs pour établir une prévision indiquant les sujets à haut risque.
 * Action préventive vis-à-vis décès sujets qui constituent les populations cibles visées par le programme de santé.

         A.3. Epidémiologie évaluative (ou épidémiologie d'intervention)

Ce troisième axe de l'épidémiologie est d'apparition, de survenue récente : il s'est développé en même temps que l'augmentation des dépenses de santé obligeait à faire des choix, en particulier dans les actions de prévention. On verra (plus loin) qu'il peut s'agir de prévention primaire, secondaire ou tertiaire.

L'évaluation des interventions est devenue un processus scientifique qui permet d'apprécier dans quelle mesure celles-ci ont atteint les objectifs qui leur étaient assignés : guérir ou prévenir une maladie, contribuer au confort du malade, répondre au besoin de la collectivité...

Quelle que soit la branche considérée, descriptive, analytique ou évaluative, l'épidémiologie apparaît comme la principale science fondamentale de la santé publique puisque, pour résumer, elle traite des problèmes de santé des populations.

Pour conclure disons que l'épidémiologie permet d'étudier la fréquence des maladies dans divers groupes de population, d'en suivre l'évolution, de faire des hypothèses sur leur étiologie et d'en déduire la stratégie la plus adaptée de prévention. Autrement dit, c'est l'étude de la distribution des maladies et accidents dans la population humaine, de leur facteurs, avec comme but l'éradication de ces maladies et la prévention des accidents.

Ses objectifs sont donc de déterminer :
 * l'état de santé de la population (connaissance de la mortalité et de la morbidité)
 * les causes des maladies et leur prévention
 * les moyens mis en oeuvre pour
   - modifier les maladies
   - éradiquer les maladies
   - prévenir les maladies
 * les résultats obtenus

      B. Exemples de recherche épidémiologique

         B.1. Exemples historiques

 - IVème siècle avant J.C. : Hippocrate écrit un traité : "des airs, des eaux, des lieux" et s'interroge sur l'influence du milieu sur la pathologie

 - Au XVIème siècle : G Frascatoto analysant une épidémie de "mal français" (la vérole) l'attribue à la contagion inter-personnelle.

 - En 1747 : J.Lind analyse une épidémie de scorbut dans la Royal Navy. Il attribue cette maladie à une carence alimentaire et prescrit la prévention et le traitement par l'ingestion de citron (la vitamine C ne sera découverte qu'en 1928).

 - En 1767 : G.Baker analyse une épidémie de "colique du cidre" dans le Devonshire. Il l'attribue au plomb des tutayx où l'on fait couler le jus de pomme sortant des pressoirs.

 - En 1854 : J.Snow étudie la répartition de l'épidémie de choléra de Londre? Constatant que cette maladie est moins fréquente dans les zones les plus élevées, il attribue un rôle majeur à la pollution de l'eau qui stagne dans les dépressions.

 - En 1861: I.P. Semmedweiss constate que la fièvre puerpérale est plus fréquente chez les femmes accouchées par les médecins, spécialement les étudiants, que par les sages-femmes, et attribue cette différence aux dissections anatomiques que pratiquent les premiers. Il préconise le lavage javellisé des mains comme mesure de prévention.

         B.2. Exemples modernes

 - Tabac et cancer bronchique

 En 1950 : Dull et Hill (G.B) comparent les habitudes de 1300 cancéreux des bronches et de 1300 témoins. Cette enquête rétrospective montre que les premiers fumaient beaucoup plus que les témoins.

 En 1952 : Hammond et Horn (U.S.A.) font une enquête prospective sur 1 000 000 de personnes pendant 5 ans nécessitant 60 000 enquêteurs; Dull et Hill réalisent une enquête prospective plus modeste (40 000 sujets suivis pendant 20 mois). Tous montrent que l'effet cancérigène du tabac est d'autant plus grand que la quantité de tabac est plus forte, que l'inhalation de la fumée est plus importante et que le début de l'intoxication est plus précoce.

 - Infarctus du myocarde

 L'enquête de Framingham (banlieue de Boson) suit depuis 1950 les personnes qui étaient alors âgées de 30 à 60 ans; celle du GREA (Groupe de Recherche sur l'Epidémiologie de l'Athérosclérose) suit à Paris, depuis 1967, 7400 fonctionnaires. Les deux enquêtes ont donné des résultats comparables et ont mis en évidence, cinq facteurs de risque : taux élevé du cholestérol, hypertension artérielle, consommation de tabac, existence d'un diabète, présence d'anomalie de l'ECG ( électrocardiogramme)